Le bien-être équin : des questions à se poser  

Le cheval, cet animal farouche habitué des grands espaces, est domestiqué depuis des milliers d’années. Notre rapport aux chevaux, qui incarnait autrefois un symbole de virilité et de pouvoir, est maintenant l’apanage des loisirs et de la domestication. 

Conception du bien-être animal

Certaines espèces de chevaux comme les chevaux de Przewalski ou les chevaux de Camargue ont la particularité de vivre encore en semi-liberté, à l’état sauvage. Le lien avec la nature n’est donc pas totalement cassé : dès que les éleveurs finissent de travailler avec les chevaux, ils les relâchent dans leur milieu naturel. 

Peut-être est-il aussi question de l’évolution des mœurs ? Par exemple, certains touristes venus en Camargue pensaient autrefois que les chevaux camarguais étaient en mauvais état (plein de boue, non ferrés, le crin n’était pas fait). En 2021, les touristes perçoivent cela différemment et de façon plus positive : ils auraient plutôt tendance à penser au contraire que ces signes montrent le caractère “sauvage” du cheval à l’état naturel. 

De même, dans les années 50, lorsqu’il s’agissait de dresser un cheval, l’homme asseyait sa domination sur l’animal (coups de lasso, méthodes violentes). N’oublions pas que jusqu’en 2015, les animaux étaient traités comme des “biens meubles”, au même titre qu’une table ou qu’une chaise. Aujourd’hui, l’approche amicale et bienveillante, ainsi que les méthodes de renforcement positif, sont de plus en plus répandues. 

Selon une étude menée par l’Université Vétérinaire de Vienne, les chevaux âgés et les chevaux souffrant de maladies orthopédiques évoluent à grands pas et les chevaux n’échappent pas à la règle. Lorsque l’on parle de la relation homme-cheval, peut-on parler d’un rapport de collaboration ou de domination ? Peut-on continuer de les aimer tout en les montant ? Ces questions bouleversent les nombreuses traditions du monde du cheval. Autrefois, les équidés étaient utilisés pour plusieurs raisons notamment “pour faire la guerre, le transport, comme ressource alimentaire également” souligna Sarah Jeannin, Docteure en éthologie. Les chevaux qui souffrent de maladies chroniques consacrent exactement le même temps aux activités que des chevaux en pleine santé, à savoir : ils passent 42% de leur temps à manger, se reposent 39% du temps et sont en mouvement les 19% restants. Aussi, les chevaux vivant à l’air libre réussissent mieux à répartir sur la journée leur approvisionnement en nourriture que les chevaux vivant en élevage plus restreint, qui eux, ont tendance à avoir des “pics” alimentaires, ce qui est intimement lié au stress (appelé stress intestinal, nuisible pour leur santé).  

La vie en box pour des milliers de chevaux peut être comparée à celle de prisonniers. Un cheval qui s’ennuie et qui manque d’activité aura une plus grande facilité à développer des troubles comportementaux (agressivité, TOC, dépression). Lors de ses horaires de sortie, le cheval débordera alors d’énergie et ne saura pas bien doser celle-ci. Un cheval qui vit au pré sera détendu, libre, pourra gérer sa ration de nourriture et sa musculature sera entretenue : des avantages non négligeables donc. 

Faut-il arrêter de monter à cheval au nom du bien-être animal ?

Cela reste de l’exploitation si l’on ne respecte pas le bien-être de l’animal. La question peut se poser : est-ce que monter à cheval n’est pas contraire au respect de l’animal ? La réponse tient peut-être en un juste équilibre entre les attentes de l’être humain et le respect du celui qui “le sert”, car, quoi qu’on en dise, le cheval demeure au service de l’Homme. A nous de lui montrer notre reconnaissance. 

Il y a quelques semaines, nous nous sommes alarmés face aux conditions des chevaux dans le cadre des Jeux Olympiques : cela reflète un réel manque de considération pour l’équidé individu, doué de sensibilité et de sentience. Pour revoir notre article, cliquez ici

Nous avons l’intime conviction que traiter les animaux de façon respectueuse de ce qu’il serait à l’état sauvage est la meilleure des solutions : à l’état sauvage, aucun cheval ne doit sauter des haies de plus de 1,60 mètres comme ils sont amenés à le faire lors des compétitions en saut d’obstacle. Ces actes amènent souvent à des crises cardiaques, des fractures, un stress intense.  Dans les cas les plus graves, l’animal est directement euthanasié sur place (solution la moins coûteuse… ironique lorsque l’on sait que la filière des courses brasse des millions d’euros chaque année). Malgré des nouvelles mesures promises par la filière des courses visant à améliorer les conditions des chevaux et l’apparition du nouvel hashtag #RaceAndCare pour le bien-être des équidés, il suffit de regarder les chiffres pour se rendre compte que rien n’est respecté. En 2019, 135 chevaux sont morts lors de courses hippiques en France. 

La fin de vie des équidés à AVA 

A AVA, nous avons recueilli de nombreux anciens chevaux de courses ou de loisir. Notre mission : leur offrir une retraite bien méritée, loin d’un monde qui ne pense qu’au profit. Nos équidés sont soignés et chouchoutés et vivent en groupe sur des pâtures de plusieurs hectares : une liberté qui leur permet d’exprimer leurs comportements naturels. Dernièrement, nous avons accueilli une jument de 21 ans nommée Nuit. Elle est actuellement sur un terrain plat avec Lucky, Lastrada et Noushka (notre ânesse). Nuit n’a pas eu de carrière de cheval de compétition : sa propriétaire l’a récupérée à 5 ans, après qu’elle a été vendue car dite “pas assez performante” (elle touchait les barres). En tout, elle n’aura fait qu’un an de concours. Par la suite, Nuit a vécu une vie tranquille, alternant box (car elle avait développé la maladie du crapaud aux quatre pieds) et pré au sein d’un troupeau d’une dizaine de chevaux. Elle prend désormais ses marques avec ses nouveaux copains d’AVA ! 

Texte rédigé par Lisa Lapierre (sous la supervision d’Elisa Gorins). Âgée de 23 ans, c’est dès son plus jeune âge que sa passion pour les animaux l’anime et c’est au détour de plusieurs expériences auprès d’eux que cela confirme son souhait d’œuvrer pour leur protection. Médiation animale, conditions d’élevage, préservation… de nombreuses questions se posent à l’heure où le bien-être animal devient une préoccupation croissante aux yeux des Français. 

Sources : Etude “Influence of housing and environmental conditions on equine activity time budgets”, Zsofia Kelemen, University of Veterinary Medicine Vienna ; Reportage Martin Weill “Les animaux et nous : l’amour vache”