Chasses traditionnelles : le gouvernement va à contre-courant !

C’est à peine croyable, et pourtant vrai : le gouvernement va à l’encontre de la récente décision du Conseil d’Etat en mettant en consultation, le 15 septembre dernier, une série d’arrêtés autorisant certaines chasses traditionnelles. Il s’agirait d’une demande d’Emmanuel Macron, persuadé que ces types de chasse respectent bien le droit européen. Pourtant, il n’y a que quelques semaines (début août), le Conseil d’Etat, saisi par des associations de protection animale, avait jugé plusieurs types de chasse traditionnelle illégaux. C’est donc à la plus haute juridiction administrative que le gouvernement a eu l’audace de se confronter…

La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) fait savoir que plus de 110 000 oiseaux sauvages sont directement concernés, dont : 106 500 alouettes aux pantes (filets horizontaux) et matoles (cages tombantes) dans 4 départements du Sud-Ouest (Landes, Gironde, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques), alors que cette espèce est en déclin continuel en France et en Europe (chute de 35% de ses effectifs reproducteurs en 15 ans en France) ; 1200 vanneaux huppés (espèce quasi-menacée en France), 30 pluviers dorés, 5800 grives et merles à l’aide de filets rabattants ou de lacets à nœud coulissant (tenderie des Ardennes).

Les pratiques de chasse qui seraient ré-autorisées sont cruelles et non sélectives : utilisation de filets pour piéger les oiseaux, ou encore étranglement à l’aide d’un fil… Comment peut-on encore tolérer cela en 2021 ?

Il n’y a encore que quelques jours, au Congrès mondial de l’Union internationale de conservation de la nature à Marseille, Emmanuel Macron déclarait que la bataille pour la protection de la biodiversité était aussi importante que la lutte contre le réchauffement climatique. Il n’aura pas fallu longtemps pour le faire changer d’avis… L’élection présidentielle approche, la saison de la chasse va s’ouvrir, et tout porte à croire que le Président est déjà en campagne : non sans un cynisme certain et un profond dédain pour la biodiversité, Emmanuel Macron fait les yeux doux au si puissant lobby de la chasse, espérant y trouver des électeurs.

Quelle atrocité que de sacrifier les vies de plus de 110 000 êtres sensibles au nom d’une ambition politique… Quel profond mépris du vivant !

Si les nouveaux arrêtés venaient à être signés, la LPO a d’ores et déjà fait savoir qu’elle demanderait leur suspension immédiate devant le Conseil d’Etat, les jugeant illégaux.

Il est ubuesque d’assister aux va-et-vient politico-médiatiques incessants entre Conseil d’Etat d’une part, et gouvernement d’autre part. Illégales pour les uns au regard de la Directive Oiseaux de l’Union Européenne, légales pour les autres, ces chasses traditionnelles mettent en lumière un flou juridique dont les animaux sont, comme si souvent hélas, les victimes impuissantes. Et tout cela, pour le simple loisir d’une poignée d’êtres humains manquant cruellement d’humanité.