Alors que la Corée du Sud a décidé de pratiquer des tests de dépistage de la Covid-19 chez les chats et les chiens, et qu’une campagne de vaccination pour eux soit envisagée, les médias s’enflamment jusqu’en France : si les animaux sont testés, cela veut-il dire qu’ils peuvent tomber malades et nous transmettre le virus ?

« Les Coréens du Sud n’arrivent pas à expliquer la résurgence de cas de Covid-19 au sein de leur population, déclare le Dr vétérinaire Thierry Bedossa, Président d’Agir pour la Vie Animale. Tout comme les Chinois, ils suspectent le virus d’être véhiculé par des chairs animales, c’est-à-dire des parties d’animaux morts ou même la totalité de leur carcasse. Ils suspectent aussi les chiens et les chats de compagnie en vie dont on sait qu’ils peuvent héberger beaucoup de coronavirus différents et être malades de maladies à coronavirus ». Par exemple, le chat peut souffrir d’un coronavirus (responsable, entre autres, de la PIF et de gastro-entérites) mais qui n’est pas du tout la Covid-19. Les cochons et les poulets, qui représentent l’écrasante majorité des animaux domestiques présents sur la planète, hébergent aussi différents types de coronavirus.

La biomasse des mammifères terrestres sur la planète est composée de 30% d’humains pour 67% d’animaux domestiques – principalement des animaux d’élevage, sans compter les oiseaux, et 3% d’animaux sauvages. Or, 60% des 1400 agents pathogènes humains sont d’origine animale. 75% des maladies animales peuvent d’ailleurs contaminer les humains. S’il existe un danger de contamination, il est donc loin de concerner en premier les animaux de compagnie, mais bien les animaux d’élevage. Concentrés dans des exploitations industrielles, soumis au stress, à la promiscuité et à tant d’autres facteurs favorisant l’apparition de maladies, ces animaux constituent, malgré eux, et à cause des conditions de vie qu’on leur inflige, de véritables bombes. C’est hélas ce que l’on a pu voir avec l’émergence de la grippe porcine et de la grippe aviaire.

Les animaux de compagnie, eux, sont largement moins concernés. Le nombre de chiens, de chats et de furets ayant été déclarés positifs à la Covid-19 est anecdotique au regard des 110 millions de cas recensés dans le monde chez des êtres humains et ayant fait plus de 2 millions de morts. Bien que des cas d’animaux de compagnie atteints de la Covid-19 existent, « à ce jour, on n’a pas la moindre preuve de la contamination d’un humain par un chat ou un chien qui aurait hébergé le virus », rappelle le Dr Bedossa. C’est plutôt le contraire : un humain porteur du virus ou malade est davantage susceptible de le transmettre à son animal. L’inverse, en revanche, n’a jamais été démontré.

Quant au fait que les chats et chiens coréens soient soumis au dépistage, le Dr Bedossa rappelle que cela est déjà le cas en France également : « Nous réalisons des tests PCR depuis un an, mais sans tapage médiatique, c’est pourquoi les gens semblent l’ignorer et s’étonner qu’on en pratique en Corée. A la Clinique vétérinaire du Pont de Neuilly où j’exerce, nous le faisons pourtant à chaque fois qu’un chien ou un chat est atteint d’une affection respiratoire et/ou d’une affection avec un syndrome inflammatoire systémique comparable au fameux orage cytokinique de la Covid-19 chez l’homme. A ce jour, je n’ai jamais rencontré de cas positif, mais je sais que certains de mes confrères en ont eus. »

En résumé : même si les animaux de compagnie peuvent être porteurs de la Covid-19 – et bien que cela soit très rare – rien ne prouve qu’ils peuvent transmettre la maladie à l’homme. Il n’y a donc aucune crainte à avoir, et cela ne constitue surtout pas un motif d’abandon. « Plutôt que de se soucier du risque de transmission lié aux animaux de compagnie, il serait plutôt urgent d’agir pour enfin changer nos modes d’élevage, et prévenir ainsi efficacement le risque majeur d’émergence de maladies dont les conséquences seront sans doute bien plus graves demain que celles liées à la Covid-19 », conclut le Dr Bedossa.