Croquettes goût poisson (et requin protégé)

Des études récentes [https://www.petfoodindustry.com/blogs/11-news-hound/post/11143-how-is-shark-in-pet-food-despite-mars-purina-standardsont détecté de l’ADN de requins menacés dans des aliments pour chiens et chats, aux Etats-Unis, à Singapour et en Thaïlande. A chaque fois, ce sont des marques petfood de Mars et Nestlé – mastodontes de l’industrie agroalimentaire – qui sont concernées.

Petfooders : ni coupables, ni innocents

Je ne crois pas qu’il y ait une volonté délibérée de frauder ou tromper le consommateur. Il y a sans doute de bonnes intentions de ces industriels, des process qualité dignes de la NASA et une volonté de se conformer aux règlements actuels en vigueur. Mais est-ce suffisant ?

Car les intérêts économiques immédiats passent souvent avant ceux de l’environnement, de la santé ou de l’éthique. Certaines entreprises laissent ainsi s’installer une zone grise autour des sujets qui fâchent, tant qu’ils ne deviennent pas brûlants. Comme quand on fait du commerce avec un pays qui en envahit un autre, [https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/pourquoi-leurope-hesite-encore-a-se-passer-du-petrole-russe-1401627] ou que l’on achète du pétrole à un état qui bafoue les droits de l’homme.

C’est certainement cette tolérance qui est en cause ici : dans quelle mesure les fabricants s’imposent-ils des auto-tests, avec quelles exigences contrôlent-ils leurs fournisseurs ? Si ça n’était plus du requin mais de la toxine botulique qui risquait de se trouver dans les approvisionnements, les précautions seraient-elles les mêmes ?

Surpêche : loin des yeux, au cœur de nos vies

Admettons qu’ils soient exemplaires. Ils se font malgré tout le relai de nos attentes de consommateurs : « on veut plus de poisson, moins cher et  tout le temps ». Cette exigence va mécaniquement remonter d’un cran, vers leurs fournisseurs : les pêcheries industrielles.

Leurs navires-usines adoptent des méthodes de prélèvement massives, destructrices et peu sélectives qui emportent des tonnes de prises « accidentelles » (poissons non consommés, requins raies, tortues, dauphins, la plupart tués ou blessés avant même d’être relâchés).

[https://www.youtube.com/watch?v=0Le8LZYfLiw] Dans ces échelles vertigineuses (des dizaines de tonnes de pêche par jour, l’équivalent du volume annuel d’un petit armement), et puisque les poissons sont souvent découpés et congelés directement à bord, on perçoit aisément le risque d’erreur (ou de fraude) lors du triage.

Et au-delà de défauts de qualité, rappelons que ces méthodes gargantuesques épuisent les ressources halieutiques et déstabilisent profondément les écosystèmes marins. Mais tout ça c’est sous l’eau, et il faut hélas reconnaître que l’extermination des mérous rayés est moins prompte à déclencher notre émotion que celle des éléphants d’Afrique (tous deux des maillons essentiels de leurs écosystèmes).

Ceci n’est pas de l’écume, ce sont des « prises  accidentelles ». Tous sont morts pour rien.    

[Trainée de poissons morts derrière un chalutier de pêche en mer]

Filières longues, filières sombres

C’est aussi la question des filières longues qui se pose. Quand on multiplie les intermédiaires et pays de transit, quand on globalise l’agroalimentaire, les risques s’additionnent. Si le fournisseur ne voit jamais celui qui consomme sa production – il est à l’autre bout du monde – il y a fort à parier que sa propension à s’autoriser des écarts augmentera. De même, quand on fabrique à l’échelle mondiale des produits hypertransformés de grande consommation (comme le petfood), les difficultés de traçabilité augmentent avec le nombre d’ingrédients.

Ce sont en somme les mêmes questions que pour le surimi (30-40% de poisson seulement – mais le reste c’est quoi alors ?), nos vêtements (au fait, la culture du coton ne serait-elle pas une catastrophe écologique ?) ou nos smartphones (comment sont minés les métaux lourds qui les constituent ?). 

Quels que soient nos efforts, certains produits sont par nature mondialisés et leur composition difficile à tracer. Le Fairphone est une tentative d’amélioration [https://www.fairphone.com/fr/]

[Smartphone et ordinateur portable sur un bureau]

Transposons nos standards au petfood

Mais alors, quelles alternatives pour nourrir nos boules de poils en confiance ? Difficile de se passer des croquettes et pâtés, assistants si pratiques de nos quotidiens surchargés. Et passer au 100% BARF ou popote maison demande des précautions (moins qu’on ne nous le fait croire, mais quelques-unes quand même)

Alors nous pourrions commencer par mettre le focus sur la responsabilité et la transparence des produits : des croquettes aux ingrédients origine France, de qualité supérieure et en gammes resserrées. Des viandes d’animaux élevés en plein air, un mix protéique incluant des sources multiples et durables (insectes, végétaux, poissons, algues). Et plutôt que cette si longue – et certes séduisante – énumération d’ingrédients exotiques, une liste courte d’additifs nutritionnels. Pour les aliments humides, des compositions simples ou mono-produit, où le poulet serait bio et français plutôt que thaïlandais.

Enfin, pourquoi ne pas accepter – comme pour nous – que les compositions et disponibilités de certains produits puissent varier en fonction des ressources disponibles ? (oui, votre animal le tolérera). 

Produit idéal cherche consommateur éclairé

« Mais une marque comme ça n’existe pas, et si c’était le cas, ce serait hors de  prix ! » Oui c’est vrai.

Et même pour les plus engagées, quand on gagne une garantie, on en perd souvent une autre. Alors quelqu’un devrait créer cette marque éthique (avis aux entrepreneurs).

Et en face, ce serait aux consommateurs de jouer le jeu, et d’augmenter le budget « bouffe » de leurs compagnons. J’ai bon espoir, car nous sommes capables de nous offrir des animaux de races prestigieuses et de payer les chirurgies lourdes auxquelles leurs anomalies génétiques les condamnent. Nous acceptons aussi de vacciner chaque année, traiter chaque mois contre les puces, deux fois par an contre les vers et d’offrir moult jouets et accessoires. Si nous concédons ces dépenses, dont la pertinence de certaines reste peu claire pour moi, nous devrions être prêts à réévaluer le poste essentiel qu’est l’alimentation. D’ailleurs Hippocrate disait bien : « Fais de ton aliment ta seule médecine ».

Un bulldog anglais, chien très en vogue. Comptez 1500€ pour le  chien, puis 1500€ pour les chirurgies des voies respiratoires dans ses premières années  de  vie. Gardez 2000€ de côté pour anticiper les problèmes cardiaques et les allergies alimentaires.

[Chien bulldog face caméra dans un  jardin]

Le marketing pourrait quant à lui mettre l’emphase sur les sujets d’importance : plutôt qu’une course aux allégations santé ou références anecdotiques, assumer de nous vendre de l’éco-responsabilité.

C’est le défi actuel de l’agroalimentaire – largement admis en alimentation humaine – mais qui sonne parfois comme un excès quand il s’agit de nos animaux.

Ce n’est qu’un chien, et il n’y a qu’une planète

Car on se heurte alors au « ce  n’est  qu’un chat/chien » : est-il raisonnable de distribuer du bio, local, circuits courts à des animaux de compagnie ? Certains diront « non,  il  ne  faut pas   abuser, ça  n’est pas un humain ». Moi je pense que si, car 1/ il n’y a pas de hiérarchie des espèces et 2/ quel que soit le consommateur final d’un produit, ce sont bien les mêmes océans, les mêmes animaux – la même planète – que l’on exploite.

Et si tout cela reste trop cher – ce qui est parfaitement concevable – nous voilà naturellement arrivés à la question suivante, plus embarrassante peut-être mais pourtant nécessaire : est-il bien sage d’adopter un chien ou un chat si l’on n’est pas en mesure d’en prendre soin dans le respect de ses besoins, mais aussi de la planète ? Face à cette question fondamentale – AVA en sait quelque chose – il semble que la réponse ne soit pas claire pour tout le monde.

Erwan Spengler

JE FAIS UN DON

En savoir plus sur l’auteur : vétérinaire de formation, j’ai pratiqué quelques années en clinique auprès des animaux de compagnie. Je me suis ensuite tourné vers l’entrepreneuriat, avec toujours à cœur de sortir des usages convenus. C’est ainsi que j’ai monté deux entreprises agroalimentaires en lien avec le manger sain et le bien-être animal. Amoureux de la Nature, attaché à la cohérence de nos modes de vie, je suis depuis plusieurs années l’aventure AVA, porte-parole libre des animaux de notre société.