« Je suis sincèrement désolé ». C’est par ces mots que s’est achevée la COP26, qui s’est déroulée à Glasgow ces derniers jours. Ces mots, ce sont ceux d’Alok Sharma, le président de la Conférence des Parties des Nations unies sur le changement climatique, qui, la voix tremblante et les larmes aux yeux, n’a pas pu cacher sa déception aux yeux du monde entier, au terme de presque deux semaines de débats quasi-infructueux.

« Je suis sincèrement désolé ». Ces mots sonnent comme un aveu d’échec. A quelques maigres avancées près, la COP26 est en effet un échec. Un énième « bla-bla-bla », comme l’a si justement résumé Greta Thunberg sur Twitter. Que peut-on en retenir ? « Réduire » le charbon, voilà tout. Il ne s’agit même plus d’en « sortir » comme cela devait être le cas dans la première version de l’accord de Glasgow, mais bien de réduire son utilisation. Pas d’engagement, pas de concret, pas d’objectifs précis. Et, évidemment, cette incapacité à s’obliger à ne pas dépasser les 1,5°C  de réchauffement climatique, malgré le récent rapport alarmant du Giec.

Bref, « désolé », c’est le bon terme, puisque cette COP26, qui était attendue par certains comme la « Conférence de la dernière chance », n’inspire finalement que désolation. C’était déjà le cas dès le premier jour de l’événement, lorsque les dirigeants des Etats sont arrivés à Glasgow en jet privé. Quel cynisme ! C’est d’ailleurs même cynisme dont font preuve les dirigeants et la société envers l’extinction de la biodiversité et les souffrances et cruautés infligées aux animaux…

Quelle est donc cette mascarade appelée COP26 ? N’est-ce pas la farce la plus tragique qui soit ? Pendant près de deux semaines, on s’écoute parler de réchauffement climatique, des désastres environnementaux et humains qu’il occasionne, et, sur ces airs de « fin du monde en approche », on reste les bras croisés. On ne peut même plus parler de « politique de l’autruche » ; c’est bien pire que cela : les dirigeants savent très bien quels sont les problèmes et les défis à relever. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas les voir, c’est qu’ils font le choix délibéré de passer outre. En résumé : « Qu’importe si on court droit à la catastrophe, pourvu que ça n’impacte pas mes intérêts personnels ». Sauf que ce sont les intérêts personnels de l’humanité toute entière qui, à plus ou moins long terme, sont menacés. Mais ça, les dirigeants n’en ont vraisemblablement rien à faire.

Penser à l’avenir ? Aux générations futures et aux lots d’atrocités auxquels elles devront faire face, innocentes héritières de siècles d’égoïsme ? Certainement pas. Hic et nunc, « ici et maintenant », c’est tout ce qui préoccupe les dirigeants. « Demain » sera le souci de leurs successeurs. Et qu’importe si l’éco-anxiété s’empare des citoyens, si les îles et les côtes disparaissent, si les glaciers fondent, si l’eau vient à manquer… Même la crise du Covid-19 n’aura pas suffi à faire évoluer les consciences.

Selon les travaux réalisés avec le Stockholm Environment Institute (SEI), les 10 % les plus riches de la population mondiale sont responsables de de plus de la moitié des émissions de CO2 cumulées. Et les 1 %, les plus riches de la population (soit environ 63 millions de personnes) sont à l’origine de 15 % des émissions, soit « deux fois plus que la moitié la plus pauvre de la population mondiale ». Mais ne jetons pas la pierre qu’aux « plus riches » : ils ne sont pas les seuls responsables. Et s’ils agissent ainsi, c’est aussi parce qu’on leur en laisse la liberté. 

La réunionnite de l’environnement

On se lance donc, peut-être pour se donner bonne conscience, dans une course à « l’éco-événement » : une petite COP par-ci, un petit sommet par-là… Ainsi, en 2022, les rendez-vous en faveur de l’environnement ne manqueront pas : nouvelles publications du Giec attendues en février et mars, One Ocean Summit annoncé par Emmanuel Macron, COP15 pour la biodiversité en Chine et en Suisse, et enfin, COP27 en Egypte en novembre. Un agenda bien chargé. Mais pour quel résultat ?

Combien de congrès, de sommets et de conférences internationales faudra-t-il pour faire enfin bouger les choses ? Cette réunionnite n’a aucun sens puisqu’elle ne débouche sur rien. Même la perspective de l’élection présidentielle ne laisse que peu d’espoir : même si le Président de la République s’engageait durablement en faveur du climat, la problématique du réchauffement climatique relève d’une volonté mondiale. A cette échelle, la France ne pèse pas lourd.

Alors oui, soyons tous désolés d’être les pantins des décideurs, et les victimes d’un crime contre l’humanité qui, hélas, n’est pas reconnu comme tel alors que c’en est un. Désolés pour les peuples des pays à faible niveau de revenu, désolés pour les générations futures, désolés pour la faune et la flore, désolés pour la Terre qui nous accueille et qu’on détruit sans vergogne.

Sommes-nous en train de sonner notre propre glas ? Sans doute. Sans doute sommes-nous en train d’attendre la fin du monde en consommant chaque jour tout ce qu’il nous reste à consommer, avec, peut-être, cette innocence perdue et ce soupçon de culpabilité qui nous pousse à dire « désolé ». Alors oui, soyons désolés et jouons un requiem à la mémoire de ce que nous avons été, et de ce que nous aurions pu être si l’humain avait moins manqué d’humanité.

 

Elisa Gorins

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