Vendredi 25 mars, le Dr vétérinaire Thierry Bedossa, Président d’AVA, et moi-même, responsable de la communication d’AVA, avons assisté à la finale du concours de plaidoirie des jeunes (15-25 ans) pour les animaux. Nous étions invités par Mme Francesca de Rosanbo, grande amie des bêtes, dans le somptueux cadre de l’Hôtel National des Invalides à Paris. Tout au long de la soirée, nous avons écouté les plaidoiries de huit jeunes finalistes, tous membres du Campus Animaliste et engagés pour une cause animale à travers leur texte : l’abandon, la chasse, l’expérimentation animale pour l’industrie cosmétique, l’élevage industriel, ou le braconnage.

Écouter ces enfants et jeunes adultes, dont certains ont quasiment mon âge (j’ai 29 ans), m’a laissée songeuse. En quittant les Invalides, ce vendredi soir, je me suis demandé ce à quoi correspondait la vision qu’ont les jeunes de la protection animale, et si, finalement, ceux que j’avais entendus ce soir, étaient représentatifs de ce que sera la « protection animale » de demain.

Tous les jeunes du concours étaient animés par une passion remarquable qui se ressentait par la vigueur de leurs mots, de leur phrasé, de leur intonation. J’ai eu l’impression d’avoir affaire à de véritables jeunes soldats, des soldats de l’armée animaliste. Finalement, le cadre s’y prêtait bien puisque l’Hôtel des Invalides, construit sous Louis XIV comme hôpital pour les militaires, abrite aussi aujourd’hui le musée de l’Armée.

Pourtant, à mes yeux, la défense des animaux n’est pas une guerre. Elle n’a pas besoin de soldats, mais d’ambassadeurs, car la protection animale n’est pas une affaire de conquête, mais bien de diplomatie. Je suis convaincue que l’appréhender sous un spectre manichéen, des « gentils défenseurs des animaux contre les méchants autres » tous au front sur un champs de bataille, est une entreprise vouée à l’échec. Défendre les animaux, ce n’est pas opposer les humains, c’est composer avec eux.

Car, après tout, qu’est-ce qu’un « défenseur des animaux » ? Faut-il être nécessairement vegan pour être érigé en protecteur des animaux, comme certains voudraient le faire croire ? Faut-il militer dans les manifestations ? Faire des dons à des associations de protection animale ? Faut-il avoir recueilli chez soi tous les animaux miséreux du monde ?

Ou est-ce tout simplement agir, à sa modeste hauteur, et à différents niveaux, pour exprimer son amour des animaux, sans forcément tenir compte d’une « dictature de la protection animale » qui semble s’emparer de certains animalistes ?

Le premier choc de ma vie, je l’ai eu vers l’âge de 6 ou 7 ans. Petite, j’aimais passer du temps dans un champs en Normandie avec un troupeau de bœufs. C’étaient mes amis. Un jour, je suis allée dans ce champs, et les bœufs n’y étaient plus. C’est ce jour-là qu’on m’a expliqué ce qu’on faisait des bœufs. C’est ce jour-là que j’ai compris qu’on mangeait des animaux. Et c’est donc ce jour-là, que j’ai eu ce déclic si bien résumé par Matthieu Ricard : « les animaux sont mes amis, et je ne mange pas mes amis ». Cette évidence a eu un effet radical : je suis devenue végane (« végétalienne » disait-on à l’époque) du jour au lendemain.

Puis, j’ai grandi. J’ai réfléchi. Je me suis informée. Et mon radicalisme s’est essoufflé. Mais pas mon amour des animaux, loin de là, puisque j’ai décidé de leur dédier ma vie. Je ne suis plus végane, ni même végétarienne, mais ma façon de les aider est toute autre.

Est-ce que je culpabilise quand je mange de la viande ? Oui, parfois, et je dois dire que le goût de la culpabilité est bien plus amer que le goût du produit. Est-ce que je complexe quand je suis en compagnie d’animalistes qui me demandent si je suis végane comme si c’était un précieux sésame permettant d’attester de ma crédibilité en tant que protectrice des animaux ? Absolument pas. Et c’est justement dans ces situations que je me rappelle pourquoi je ne suis plus végane. Et je n’ai pas honte de le dire.

Parce que défendre les animaux ne se résume pas au veganisme.

De même que défendre les animaux ne se résume pas à une lutte, à une opposition, ou pire, à une haine.

Défendre les animaux, c’est au contraire exprimer ce qu’il y a de plus beau chez l’Homme : son humanité. Sa compassion.

Ma grand-mère me répète à longueur de temps : « si tu te soucies tant des animaux, c’est parce que tu n’aimes pas les humains ». J’ai beau lui expliquer régulièrement, elle ne comprend pas qu’on puisse aimer ET les animaux ET les humains. Je pense que la vision de ma grand-mère est, hélas, partagée par beaucoup. Et je suis convaincue que c’est le jour où, au contraire, tout le monde comprendra qu’il n’y a pas les humains d’un côté, et les animaux de l’autre, qu’enfin, la condition animale pourra évoluer favorablement. Mais pour cela, il faut arrêter d’opposer nos espèces et même nos différences intra-spécifiques.

Notre Président, Thierry Bedossa, répète souvent : « je ne crois pas en la politique, je crois en la responsabilisation des individus ». Elle est là, la clé. Défendre les animaux, c’est agir avec son libre-arbitre : s’informer, consommer en connaissance de cause, mener au quotidien de petites actions favorables aux animaux, aussi insignifiantes puissent-elles sembler. Défendre les animaux, c’est jouir de sa liberté d’individu, seul responsable de ses actes et de ses choix.  

C’était d’ailleurs le sens du discours d’Ilyana Ait Ahmed, lauréate du concours de plaidoirie, que nous tenons à féliciter !

 

Elisa Gorins

 

 

A propos de l’auteur : 

 

Elisa Gorins est responsable de la communication d’AVA – Agir pour la Vie Animale. Ancienne journaliste pour un média animalier, elle est l’heureuse « maman » de deux petites chiennes. Profondément touchée par la protection animale. Elle a à coeur de contribuer à informer et sensibiliser le plus grand nombre aux différentes causes animales. Bras droit du Dr vétérinaire Thierry Bedossa, elle l’assiste au quotidien dans toutes ses actions professionnelles et militantes.