L’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) vient de rendre public, ce samedi 4 septembre, son inventaire complet des espèces menacées d’extinction dans le monde, végétales et animales. Cet outil, réalisé à Marseille à l’occasion du congrès organisé par l’UICN, nous permet donc de savoir dans quelle mesure et par quoi telle ou telle espèce est menacée mais aussi combien on compte d’espèces éteintes.

Durant dix jours, ce sont des scientifiques, des membres de la société civile, des responsables politiques et des chefs d’entreprise qui se réunissent afin d’élancer une mobilisation nouvelle et un passage à l’action. Pour le directeur du comité français de l’UICN, Sébastien Moncorps, « il n’y a plus d’incertitudes sur la crise de la biodiversité« . Entre ONG, Etats, parcs nationaux… tous les acteurs sont réunis pour réfléchir à des solutions viables et remettre au cœur des priorités la défense de la biodiversité.

Les chiffres sont tombés : nous dénombrons 38 543 espèces classées « menacées » sur les 138 374 recensées. Toutes les espèces ne peuvent cependant pas être étudiées. C’est le cas pour certains poissons qui ne sont pas faciles à recenser mais les scientifiques sont bien déterminés à élargir cette liste en étudiant 160 000 espèces d’ici à 2022. Au total, ce sont 28% d’espèces animales qui sont menacées. Les spécialistes sont clairs : nous nous dirigeons droit vers un « effondrement de la biodiversité« . L’objectif de cette précieuse base de données vise donc à mobiliser le public et les politiques sur l’urgence de ces problèmes ainsi qu’à encourager les acteurs à agir en vue de baisser le nombre d’espèces menacées. 

Dans ce contexte, la France se place en très mauvaise position. En effet, le pays figure dans les dix premiers hébergeant le nombre le plus élevé d’espèces menacées avec un total de 1742 espèces menacées présentes sur tout le territoire.

Les experts de la Commission de sauvegarde de l’espèce de l’UICN mettent au point cette Liste rouge grâce à un réel processus d’élaboration, de concertation et de validation qui requiert plusieurs années. Ils réalisent ce recensement depuis 1964 et le mettent à jour régulièrement. Chaque espèce est alors classée selon neuf catégories différentes : Eteintes (EX), Eteinte à l’état sauvage (EW), En danger critique (CR), En danger (EN), Vulnérable (VU), Quasi menacée (NT), Préoccupation mineure (LC), Données insuffisantes (DD), Non évaluée (NE).

Ce véritable baromètre du vivant permet de démontrer le lien étroit qui existe entre les conditions de vie des humains sur la planète et la biodiversité. De « vulnérable » à « en danger », les statuts peuvent malheureusement très rapidement changer. C’est le cas par exemple du dragon du Komodo qui subit à la fois le réchauffement climatique mais également l’activité humaine. L’UICN prévient que la hausse des températures et donc du niveau de la mer « devrait réduire leur habitat d’au moins 30% dans les quarante-cinq prochaines années« . Le réchauffement climatique agit sur de nombreuses conditions de vie, notamment les cycles de reproduction, ce qui peut expliquer le changement de catégorie.

En 2014, 24% d’espèces marines étaient menacées et ce chiffre a malheureusement augmenté cette année atteignant les 37%. Plus de deux tiers des espèces de requins et de raies sont en danger d’extinction. Ces espèces doivent faire face à une autre problématique qui est la surpêche, contre laquelle très peu de mesures sont prises. Entre dévastation de la nature par l’Homme, surexploitation d’espèces, la surpêche, la chasse, les trafics et le réchauffement climatique, tout est réuni pour réduire drastiquement tous les habitats de la faune sauvage. Nous devons changer ça !

Amélioration et Statut « vert »

Malgré tout, l’UICN a noté des améliorations : c’est le cas notamment pour quatre espèces de thons qui sont dits en « voie de récupération ». Il s’agit du résultat de la mise en place de quotas régionaux élaborés par des organisations spécifiques. Cette espèce rentre donc, avec 180 autres espèces, dans la catégorie des « Statuts vert » qui sert, à l’inverse de la Liste rouge, à mesurer les espèces qui sont en voie de régénération ainsi qu’à déterminer l’impact des programmes de conservation. C’est aussi la preuve que la pêche durable est une solution liant activité économique et biodiversité. Malgré cette nouvelle qui peut sembler bonne, l’organisation reste sur ses gardes puisqu’en parallèle, on compte encore beaucoup de stocks régionaux de thons appauvris. Une situation qui reste dramatique donc.

Ce « Statut vert des espèces » est une idée toute nouvelle, jamais réalisée par le passé : malgré le faible nombre d’espèces recensées pour le moment, cette liste sera intégrée par la suite à la Liste rouge.

L’océanographe François Sarano, participant au congrès, plaide pour réconcilier les hommes avec la vie sauvage qui, pour lui, reste le seul moyen de leur faire prendre conscience de l’urgence à protéger la faune. Alors, faire la paix avec notre planète et le vivant n’est pas mission impossible mais cette lutte pour la biodiversité demande plus de cohérence. Alors que nous sommes proches de la sixième extinction de masse, si nous continuons dans ce sens, alors nous devrons faire face à une crise majeure. Après la connaissance, il faut passer à la prise de conscience puis à l’action.