Espérance de vie selon la race : le cri étouffé des chiens hypertypes 

Nous le savions déjà, comme une évidence, une légende urbaine à laquelle tout le monde croit, sans réellement savoir pourquoi : certaines races de chiens ont une plus longue espérance de vie que d’autres. Nous faisons souvent des raccourcis rapides : « Ah, c’est un petit chien ! Il vivra plus longtemps c’est bien. ». Pourtant, jamais une étude n’avait été réalisée sur le sujet ; c’est désormais chose faite.

Le Royal Veterinary College vient de publier dans « Scientific Reports » les résultats de ses recherches sur un panel de 30 000 chiens appartenant à 17 races différentes ainsi qu’à un groupe de « croisés », décédés entre le 1er janvier 2016 et le 30 juillet 2020. Selon Benoît Hedan, vétérinaire et ingénieur de recherche CNRS à l’Institut de Génétique et Développement de Rennes, la particularité de cette étude est « [qu’]elle fournit l’espérance de vie annuelle de ces races de chiens là où de précédentes études informaient sur l’espérance de vie moyenne. […] ». Les données étudiées proviennent du système de surveillance de santé des animaux de compagnie « Vetcompass », fort d’une base de données composée des dossiers de 20 millions de chiens. Sur les 97 000 chiens morts pendant cette période, seuls ceux dont les informations étaient suffisamment complètes ont été retenus – c’est-à-dire ceux dont le sexe, l’âge, le poids, ainsi que le statut hormonal (castré/ stérilisée) étaient renseignés ; expliquant ainsi que le l’échantillon ait dû être limité a 30 000 individus.

Nous pourrions longuement débattre des résultats de ces recherches, utiles, notamment pour les futurs propriétaires indécis. Cependant, à AVA, nous avons des combats qui nous tiennent à cœur. Parmi eux : la lutte contre les dérives de la sélection artificielle. C’est pourquoi nous n’allons pas nous focaliser sur le haut de tableau (pour les curieux : le grand gagnant est le Jack Russel avec près de 14 ans d’espérance de vie !), mais plutôt sur les « mauvais élèves » de cette étude : les races brachycéphales.

La tendance est affolante ; les 4 races vivant le moins longtemps selon ces données, appartiennent toutes à la même famille, celle des chiens aux « nez écrasé ». Celle des chiens sélectionnés depuis des générations pour avoir un museau de plus en plus court, des yeux de plus en plus globuleux, une queue de plus en plus courte/ incurvée. Le bouledogue français, grand ami des stars et autres influenceurs, aurait une espérance de vie près de 3 fois inférieure à celle du Jack Russel ou du Yorkshire !

Derrière cette vie si courte, se cache une autre réalité toute aussi triste, celle d’une existence ponctuée par des problèmes respiratoires, neurologiques, cardiaques.

Les pathologies respiratoires des chiens de type bouledogue sont regroupées derrière l’acronyme « BOAS » pour Brachycephalic Obstructive Airways Syndrome- autrement dit, le syndrome brachycéphale des voies respiratoires obstruées.

Afin de mieux comprendre ces troubles, il est essentiel de jeter un coup d’œil rapide a l’anatomie du crâne de type brachycéphale, en comparaison avec un crâne de type non-brachycéphale.

Sur cette image, nous pouvons clairement réaliser que toutes les structures présentes chez les chiens de types dolycocephales, c’est-à-dire au crâne long, sont présentes chez les chiens brachycéphales…. Mais compressés, obstruant ainsi les voies respiratoires.

Heureusement, de plus en plus de voix s’élèvent contre ce phénomène, notamment au Royaume-Uni où la British Veterinary Association (BVA) a entamée une campagne nommée #BreedToBreathe (« Elever pour Respirer ») qui vise à améliorer les conditions de sélection et d’élevage de ces animaux, ainsi qu’à avertir grand public et professionnels de la santé animale sur la souffrance de chiens dont l’agonie est souvent prise à la rigolade, notamment sur internet où leurs ronflements, ou encore leurs yeux exorbités en ont fait les chouchous des célébrités, et par mimétisme, de leurs audimat.

Les principes de la campagne #BreedToBreathe sont disponible sur le site officiel de la BVA :

https://www.bva.co.uk/take-action/breed-to-breathe-campaign/

A AVA, nous sommes ravis de voir une nouvelle étude pointer du doigts les problèmes contre lesquels nous luttons toute l’année, et nous espérons que cette dernière agira comme une sonnette d’urgence auprès des particuliers et des professionnels.

Nos chiens sont prêts à nous donner leur vie, la moindre des choses que nous pouvons leur offrir en retour n’est-elle pas une grande inspiration d’air frais ?

Bryan Meguira

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En savoir plus sur l’auteur : passionné d’animaux et de comportement depuis ma plus tendre enfance, j’ai d’abord été éducateur canin, diplômé par l’académie Marker Training de Tel Aviv, avant de me tourner vers la médecine vétérinaire. Je suis désormais étudiant en 4eme année à l’Université de Médecine Vétérinaire de Bucarest- FMVB.  Je suis également rédacteur en Chef pour le premier journal étudiant de la faculté- The Campus. Vous pouvez nous retrouver sur notre Instagram officiel : @TheCampus.Vet.