Cet examen peut sauver la vie des chiens dits « dangereux » 

Le saviez-vous ? La diagnose ethnique (ou diagnose morphologique) est un examen non invasif, bien trop souvent méconnu des vétérinaires. Pourtant, il peut sauver des vies, comme ce fut le cas pour Aïoli*.

Aïoli est un chiot de 8 mois sauvé d’un élevage de chiots illégal. Assimilé à un chien de type pitbull (non LOF), il a été adopté par un maître bienveillant qui a souhaité le mettre en règle conformément à la loi sur la prévention et de protection des personnes contre les chiens dits dangereux de juin 2008.

Aïoli a donc fait l’objet d’une évaluation comportementale : il ne présente aucun signe de dangerosité potentielle, il est très sociable avec les humains et ses congénères et ne présente aucun comportement dit « gênant ». Il a été déclaré à la mairie à l’âge de 4 mois et stérilisé à l’âge de 6 mois comme cela avait été demandé à son propriétaire.

Toujours conformément à la loi, son maître le promène en laisse et muselé en lieu public. Il a également fait une demande de permis de détention auprès de sa mairie. Toutes les démarches avaient donc été entreprises pour qu’Aïoli et son maître soient en règle.

Pourtant, inquiet de ne pas recevoir son certificat de capacité malgré sa demande auprès de la mairie, le propriétaire d’Aïoli a appris de façon fortuite qu’un arrêté préfectoral prévoyant l’interdiction des chiens de catégorie 1 et 2 dans sa commune était en cours. A terme, Aïoli risquait l’euthanasie. 

Sur les conseils de son vétérinaire, et après avoir consulté la Fondation 30 Millions d’amis, le propriétaire s’est déplacé jusqu’à Neuilly-sur-Seine pour consulter le Dr Vétérinaire Thierry Bedossa, également président de l’association Agir pour la Vie Animale, pour réaliser une diagnose ethnique. Le Dr Bedossa a en effet assuré les diagnoses ethniques, à la suite du Professeur Jean-François Courreau à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort, pendant 10 ans, et les réalise toujours à sa clinique vétérinaire de Neuilly sur-Seine.

« Il est scandaleux qu’un chiot ne présentant aucun signe de dangerosité potentielle ni les caractéristiques morphologiques ne le rattachant à la 1ère ou à la 2ème catégorie administrative, soit potentiellement menacé de mort d’autant plus que son propriétaire, responsable, a réalisé toutes les démarches pour être en règle », déclare le Dr Thierry Bedossa.

Cette diagnose a permis d’affirmer qu’Aïoli est un chien dont la morphologie ne correspond ni à la catégorie 1, ni à la catégorie 2. Ce n’est donc pas un « pitbull » ni même un chien catégorisé.

Le propriétaire d’Aïoli a ensuite remis le compte rendu de cette diagnose au commissariat de sa ville. Un document qui, selon le policier, devrait suffire à lui sauver la vie. Bien que le maire reste décisionnaire (et donc libre de demander l’euthanasie d’un chien dans sa commune… !), ce « sésame » est susceptible de jouer en sa faveur… et de lui sauver la vie !

*Prénom modifié 

Aioli Pitbull

Récemment, un autre chien a pu bénéficier d’une diagnose lui permettant d’avoir un nouveau départ : il s’agit de Racaille, une adorable petite chienne, sociable et affectueuse, que nous venons de recueillir à la ferme-refuge AVA. Placée suite à l’incarcération de son maître, cette jeune chienne apparentée à un pitbull n’avait hélas aucune autre perspective que l’euthanasie. En effet, malgré son jeune âge, aucune association ne voulait la prendre en charge du fait de son type morphologique. Pourtant, grâce à la diagnose ethnique réalisée par le Dr Bedossa, Racaille a pu être elle aussi décatégorisée : elle n’appartient ni à la 1ère ni à la 2ème catégorie des chiens dits « dangereux » et pourra donc facilement être réadoptée. En attendant, nous la bichonnons !

Racaille et Thierry Bedossa diagnose ethnique

La diagnose, qu’est-ce que c’est ? 

La diagnose morphologique, réalisée impérativement par un vétérinaire, vise à confirmer ou infirmer l’appartenance d’un individu à une des deux catégories de « chiens dangereux ». 

Instaurée en 2000 par le Pr Jean-François Courreau, professeur de zootechnie à l’école vétérinaire d’Alfort, la réalisation de diagnoses au sein de l’établissement a été reprise en 2015 par le Dr Thierry Bedossa, qui y a ajouté sa patte personnelle.

C’est un acte préalable obligatoire pour une « décatégorisation » de chiens présentant un profil phénotypique a priori compatible avec celui d’un animal de première ou deuxième catégorie.

La réalisation d’une diagnose doit toujours être assortie d’un rapport circonstancié dans lequel le vétérinaire défend ses arguments.

En pratique, une grande majorité de chien peut être déclassée si on s’en tient à la comparaison avec les critères morphologiques listés en annexe de l’arrêté du 27 avril 1999 qui définit trois morphotypes de référence (Tosa, American Staffordshire terrier, Rottweiler) et des chiens dits assimilables à ces races.

Être « de race » implique l’attestation d’inscription à un livre généalogique reconnu par la FCI, dont le Lof pour la France même si le chien n’a pas ensuite été confirmé.

Le cas du Staffordshire bull terrier était flou initialement, l’arrêté citant le Staffordshire terrier. Il a été officiellement réglé et cette race n’est pas concernée. Les chiens non Lof ne sont pas non plus assimilables à des american Staffordshire terriers, la morphologie des deux races ayant fortement divergé. Aucun staffie n’est donc a priori catégorisable.

American Staffordshire terrier, Tosa inu et Rottweiler avec pedigree reconnu sont classés d’office en deuxième catégorie.

La situation est plus délicate pour les chiens assimilables par leurs caractéristiques morphologiques aux chiens de ces races. Ils sont classés en première catégorie pour ceux assimilables à l’American Staffordshire terrier (les pitbulls) et en deuxième pour ceux assimilables au Rottweiler.

En pratique, le vétérinaire s’aide d’un tableau de pointage listant la conformité aux différents critères de l’arrêté. Si la majorité des cases tend à la non-conformité, le chien est écarté de la catégorisation.

Réaliser une diagnose de race consiste, pour le vétérinaire, à faire son inventaire en reprenant les points listés par le législateur.

En consultation, lorsqu’il réalise une diagnose, le Dr Bedossa ne se contente pas de l’abord morphologique des chiens qu’il examine et s’intéresse logiquement au volet comportemental de manière à donner les recommandations appropriées aux propriétaires pour gérer au mieux leur animal.