Depuis le début de la crise de la Covid-19, les Français manifestent pour les animaux un engouement jamais inégalé : les refuges n’ont jamais eu aussi peu d’animaux à faire adopter, les élevages sont vides et les carnets de réservation pleins des mois à l’avance. La demande est telle qu’on assiste même à une explosion de vols de chiens !

Nous-même, au refuge AVA, n’avons jamais reçu autant de demandes d’adoption que depuis un an. Certaines ont d’ailleurs abouti à de véritables miracles, même lorsqu’elles concernent des animaux présents au refuge depuis des années et dont personne ne voulait jusque-là.

Comment expliquer ce phénomène ? Quel rapport établir entre la crise sanitaire et cet incroyable boom des adoptions ?

L’animal, ce vecteur de bonheur

Pour comprendre cet attrait sans précédent pour les animaux de compagnie, nous avons interrogé l’un des membres de notre réseau d’experts : Sarah Jeannin, psychologue clinicienne et docteure en Ethologie (science du comportement animal). « Un simple échange de regard avec un animal de compagnie entraîne la sécrétion d’une hormone qu’on appelle l’ocytocine et qui a des vertus apaisantes. Elle est communément nommée l’hormone de l’attachement.Les interactions avec un animal conduisent également à une réduction de la sécrétion de l’hormone du stress : le cortisol. Ainsi, le fait que nous nous sentions détendus et sereins en présence de nos animaux s’explique par ces changements physiologiques », nous apprend-elle.

L’animal, ce lien social

La réponse physiologique n’est pas la seule explication : « La cohabitation avec un animal en temps de confinement apporte un soutien émotionnel et permet de faire face à l’isolement social qui nous est imposé. Sa présence réduit notre sentiment de solitude. Les contacts physiques sont indispensables à notre bien-être et en cette période, les animaux sont parmi les seuls individus qui puissent combler ce besoin dont nous sommes privés », poursuit le Dr Jeannin.

L’animal, ce partenaire d’activités

L’animal, et en particulier le chien, présente également des avantages physiques : jouer avec lui et le sortir permettent de rester actif. Lors du premier confinement, les membres d’un même foyer pouvaient se relayer plusieurs fois par jour pour promener leur chien, puisqu’il s’agissait de l’un des seuls motifs dérogatoires de sortie.

L’animal, cet ami qui ne nous juge pas

Le lien social que l’animal nous apporte nous est d’autant plus cher qu’il est totalement « sain », et dépourvu du moindre jugement. « Contrairement à nos proches, les animaux n’ont pas accès au langage verbal. Aussi, auprès d’eux nous sommes préservés des reproches, du jugement ; nous ne sommes pas contraints d’écouter leurs discours mêlés d’angoisses et sommes ainsi à l’abri d’une éventuelle contagion émotionnelle. Les observer nous permet de vivre ici et maintenant, de cesser quelques instants de ruminer le passé et de nous préoccuper de l’avenir. C’est fondamental pour notre bien-être », assure le Dr Jeannin.

Ce n’est donc pas un hasard si les adoptions d’animaux de compagnie ont explosé au cours de l’année écoulée. Les résultats de l’enquête que nous avions menée l’an dernier lors du premier confinement en attestent : non seulement nos animaux de compagnie ne semblent pas souffrir du confinement, mais en plus ils nous aident à le vivre mieux (pour 95,7% des personnes interrogées).

Mais l’animal, dans tout ça ?

C’est donc un fait : nous adoptons massivement des animaux parce qu’en ces temps moroses, ils nous font le plus grand bien. Oui, mais eux, qu’en disent-ils ?

« S’il est vrai que nous ne sommes pas contraints d’être contaminés émotionnellement par nos animaux, l’inverse n’est pas vrai, explique le Dr vétérinaire et comportementaliste, Thierry Bedossa, président d’Agir pour la Vie Animale. Les animaux sont bien plus intelligents qu’on ne le croit. Ils ressentent tout et sont de vraies éponges émotionnelles. On ne se rend pas toujours compte de l’impact qu’ont nos émotions sur eux ».

Nos chiens et chats peuvent donc être particulièrement sensibles à nos états émotionnels. Notre humeur, qui peut être très maussade en ce moment, n’est pas sans conséquences pour eux.

« De plus, ajoute le Dr Bedossa, la promiscuité engendrée par les confinements successifs peut aussi avoir un impact négatif sur les animaux ». C’est d’ailleurs ce que le Dr Bedossa et le Dr Jeannin constatent régulièrement lors des consultations en médecine du comportement qu’ils dispensent en binôme : de plus en plus nombreux sont les chiens et chats qui présentent des troubles liés à l’anxiété (troubles urinaires, troubles dermatologiques, irritabilité…).

Quelques exemples : certains chats ont vécu le confinement à la campagne, et ont goûté aux joies d’une vie en pavillon, avec accès à l’extérieur. Pour eux, le retour à une vie confinée en appartement devient problématique. De même, certains chiots, adoptés au début de l’année 2020, ont pu manquer de socialisation du fait du premier confinement qui limitait les contacts, tandis que d’autres ont mal été habitués à la solitude du fait de la présence permanente de leurs propriétaires.

En conclusion, comme l’explique Sarah Jeannin, « en cette période de crise, alors que notre quotidien est totalement chamboulé et que nous n’avons plus de repères, le fait de s’occuper d’un animal permet de donner du sens à notre vie, des responsabilités ». Il est toutefois impératif de ne pas penser qu’à soi, mais aussi à l’animal qui va nous accompagner pour de nombreuses années, et non pas seulement le temps d’une crise sanitaire.

Oui aux adoptions responsables mûrement réfléchies

Nous sommes chaque jour contactés pour des demandes d’adoption, et nous en sommes ravis ! Mais, bien trop souvent, même si la démarche de l’adoption est tout à fait louable, nous recevons des demandes pour des animaux « clés en mains » : jeunes, sages, obéissants, bien éduqués, propres, capables de rester seuls, de voyager, de vivre avec des enfants, des chiens, des chats… Les critères sont tels qu’on a parfois l’impression de devenir le catalogue d’un supermarché !

Quelques exemples : Atchoum (petit chien croisé), Eddy (Bichon) et Jackson (Spitz) sont les trois petits chiens pour lesquels nous recevons le plus de demandes d’adoption (une dizaine chaque semaine). Pourtant, aucune n’a abouti. Et pour cause : Atchoum vivait dans la rue, tandis qu’Eddy est un invendu d’animalerie. Cela fait plusieurs années qu’ils se trouvent au refuge, et ils n’ont jamais connu la chaleur d’un foyer. De ce fait, ils ne savent rien des « règles » d’une vie de chiens de compagnie et ne sont pas propres. Quant à Jackson, c’est un chien anxieux ayant eu des conduites agressives par le passé. Lorsque l’on explique cela aux candidats à leur adoption, tous ceux qui, en quête d’un petit chien mignon et facile à vivre, se rétractent…

« Lorsque l’on souhaite adopter un animal, on peut être animé par une volonté de faire une « bonne action », ce qui est honorable. Mais cette belle démarche perd son sens lorsqu’elle cache en réalité un désir d’animal « parfait », qui réponde à 100% à son idéal et qui ne soit pas trop « contraignant ». Nous regrettons que derrière ce si beau geste qu’est l’adoption, les motivations soient quelquefois contraintes par des critères extrêmement restrictifs. Finalement, l’idée est : adopter un animal, oui, mais à condition qu’il ne me dérange pas trop. Pourtant, il y a toujours une part d’imprévu dans l’adoption, comme il y a des aléas avec le vivant, et il faut être prêt à y faire face », insiste Elisa Gorins, responsable de la communication d’AVA.

« Quand on accueille un animal, c’est d’abord une démarche que l’on fait pour soi, parce qu’on a envie d’avoir un animal. Mais il faut se poser cette question : l’animal, lui, a-t-il envie de vivre dans l’environnement et avec le cadre que vous lui offrez ? Est-ce compatible avec ses besoins ? Il faut considérer l’animal comme une personne, et le traiter en tant qu’individu », conseille le Dr Bedossa.