« Il ne leur manque que la parole » : pourquoi c’est faux

Très souvent, nous entendons les propriétaires d’animaux ou tout simplement ceux qui les aiment, dire : « il ne leur manque que la parole ».

Pourtant pleine de compassion et de tendresse, cette phrase n’est pas si anodine qu’il n’y paraît. Elle reflète en réalité une certaine méconnaissance de l’animal. 

En effet, l’animal parle. A sa manière, certes, mais il parle. « Un propriétaire qui ressent une certaine frustration face à l’absence de parole de son animal ne le comprend peut-être tout simplement pas », estime le Dr vétérinaire et comportementaliste Thierry Bedossa, Président d’AVA. Car s’il n’est évidemment pas doué de paroles humaines, l’animal, quel qu’il soit, a son propre langage. « Savoir décrypter ce langage, observer son animal et lire ses comportements, nous donnent toutes les indications nécessaires à sa compréhension », explique le Dr Bedossa.

Autrement dit : l’animal n’a pas besoin de parler « humain », et il n’a pas besoin non plus d’utiliser des outils technologiques futuristes – comme on en voit actuellement fleurir sur Internet – pour qu’on puisse dialoguer avec lui.

C’est à nous d’apprendre à communiquer avec lui, de la même manière que lui fait l’effort de communiquer avec nous. « Si les propriétaires apprenaient à mieux lire le langage de leur animal, il y aurait sans doute moins d’incompréhensions, moins de mal-être dans les foyers, et moins de situations de blocage aboutissant parfois à des maltraitances ou à des abandons », déclare le Dr Bedossa.

Seule exception : l’expression de la douleur. « Lorsque je reçois un animal en consultation à ma clinique vétérinaire, il ne peut pas me dire où il a mal ou de quoi il souffre. Je dois donc baser mon diagnostic sur mes observations, mon examen clinique, mais aussi sur les propos de son propriétaire, qui, bien souvent, est la personne qui le connaît le mieux et est capable de remarquer les moindres changements chez lui ». Raison de plus, donc, pour être attentif à son animal et à ses comportements.

L’éthologie, la science du comportement animal basée sur l’observation, est justement un outil qui permet de mieux comprendre les animaux. Nous en sommes convaincus : pour protéger, il faut comprendre. Voilà pourquoi AVA est la seule association de protection animale en France qui soutient la recherche éthique en éthologie. Oui à une science éthique, sans expérimentation animale et sans souffrance, qui permette à chacun de mieux comprendre les animaux pour mieux les aimer !

Décryptage d’une experte

Sarah Jeannin, psychologue clinicienne et Docteure en Ethologie., explique : « Le langage verbal, contrairement au langage non-verbal (mimiques, postures, gestes…) fausse beaucoup de choses dans les relations, car il est maîtrisé. En ce sens, le langage non-verbal est plus authentique car il découle des fluctuations physiologiques de notre corps, en lien avec nos émotions, et ces dernières sont difficilement contrôlables !

Si vous êtes en colère et que vous ne souhaitez pas l’exprimer, vous pouvez bien-sûr mentir et dire que tout va bien ; néanmoins une lecture fine de vos micro expressions, de votre attitude permet d’identifier cette discordance entre ce qui est dit et ce qui est manifesté. 

Par ailleurs, le fait de s’efforcer chaque jour à observer attentivement son animal (ses postures, ses expressions faciales, ses vocalisations, le mouvement de ses oreilles, de sa queue etc.) pour essayer de saisir ses états émotionnels, ses intentions, ses motivations est un exercice très utile pour développer son empathie, non seulement avec les animaux (non humains) mais également avec les humains.

Le langage verbal nous a fait perdre cette aptitude à faire attention à l’Autre, à ce qu’il exprime spontanément, sans le masque du langage verbal.

Je pense au contraire que nous serions très déçus si nos animaux développaient la parole humaine ; il y a fort à parier que bien des projections s’écrouleraient (exemple : l’animal ne juge pas…( ?)). »