Vous êtes tranquillement installé(e) dans votre canapé quand, soudain, Félix saute sur votre ventre et vous montre, non sans une certaine fierté, son « cadeau » qu’il brandit tel un trophée : un oiseau ou un petit rongeur fraîchement tué par ses soins. Avouez, vous êtes ravi(e) !

Cette situation, de nombreux propriétaires laissant leur chat sortir en dehors de leur lieu d’habitation, la connaissent. Et ce n’est pas forcément celle qu’ils apprécient le plus…

Les chats demeurent des prédateurs invétérés. Cet instinct de chasse qu’ils ont conservé malgré des millénaires au contact de l’Homme, fait partie de leur répertoire comportemental. Un chat qui chasse exprime simplement un comportement naturel, comme le fait d’explorer, de se cacher ou de dormir.

Mais ce comportement, s’il peut s’avérer « gênant » pour certains propriétaires, pose surtout un problème d’ordre écologique puisque les félins sont accusés de mettre à mal la biodiversité locale en laissant libre cours à leur instinct de chasse naturel. Pour pallier ce problème et limiter les dégâts sur les populations d’oiseaux ou de rongeurs, leurs propriétaires n’hésitent pas à restreindre leur liberté, en les confinant à vie (et on est bien placés, en ce moment, pour savoir que ce sort n’est enviable à personne). Pour autant, il existe des solutions très simples permettant aux félins de continuer à se déplacer où bon leur semble tout en réduisant leur impact sur l’environnement.

Diabolo chat

Les chats domestiques, ces dangers pour les écosystèmes naturels  

D’après une étude publiée par la revue Animal Conservation*, les chats domestiques les plus actifs décimeraient en moyenne 3,5 proies par mois. Et ce, en évoluant dans un périmètre de chasse très concentré, évalué en moyenne à une centaine de mètres. Quand on sait que la France compte 14 millions de chats (étude Kantar réalisée en 2018 pour la FACCO**), on vous laisse imaginer l’ampleur mensuelle des dégâts.
« Le comportement de chasseur du chat est programmé génétiquement, il est instinctif. Un chat est naturellement excité par les odeurs et les mouvements.  Il a un certain besoin d’activité, de stimulation qu’il est nécessaire de satisfaire » détaille Brunilde Ract-Madoux, éthologue, ex collaboratrice d’Agir pour la Vie Animale, spécialiste du comportement félin et co-fondatrice du collectif Catus.

Certains propriétaires ont opté pour des solutions radicales, oscillant entre confinement forcé pouvant susciter des inquiétudes pour le bon développement des félins, ou utilisation de colliers à clochettes parfois rendus inefficaces par l’adaptabilité des chats… qui ont vite appris à composer avec et rivalisent d’ingéniosité pour rester inaperçus et inaudibles à l’approche de leurs proies. « Les colliers sont à éviter pour les chats qui sortent. Même si certains d’entre eux sont équipés de systèmes de sécurité permettant d’éviter les accidents, le risque de pendaison existe. En outre, le bruit de la clochette qui tinte est extrêmement stressant pour lui. De même, il faut éviter les diffuseurs à ultrasons. On ne maîtrise pas du tout leur diffusion ni leur impact sur les autres animaux, notamment les oiseaux. A la limite, la collerette BirdSafe a fait ses preuves. Comme elle doit être attachée à un collier, elle est à utiliser avec prudence. » complète Brunilde Ract-Madoux.

Dans une étude de l’université britannique d’Exeter, publiée au sein de la revue Current Biology***, des chercheurs se sont penchés sur des alternatives aussi douces que pérennes.

Réduire leur instinct de chasse en modifiant leur alimentation

Les chats ont des besoins importants d’apport en protéines et en acides aminés essentiels. Pour autant, si la prédation leur permet de synthétiser facilement ces nutriments, il n’en va pas de même de la plupart des aliments pour chats, majoritairement composés de protéines végétales issues du soja ou de protéines animales de piètre qualité.

A l’heure actuelle, c’est la Fédération Européenne de I’Industrie des Aliments pour Animaux Familiers (la FEDIAF) qui impose aux acteurs du secteur la composition de leur nourriture. Si ces mesures sont en théorie suffisantes pour permettre aux félins d’y trouver tous les macronutriments, micronutriments et acides aminés nécessaires à leur bonne santé, la réalité est en fait légèrement différente.

Pour le Dr Martina Cecchetti, instigatrice de l’étude, « il est possible que, bien qu’il s’agisse d’un régime complet, ces aliments laissent certains chats carencés en un ou plusieurs micronutriments, les incitant à chasser ». Un constat approuvé par Brunilde Ract-Madoux, pour qui « il suffit de donner aux chats de la viande de qualité voire de la nourriture humide. Cette dernière permet d’amener l’animal à satiété plus rapidement et lui permettra d’avoir à moins chasser ».

En modifiant le régime alimentaire des chats à base d’alimentation sans céréales et riche en protéines provenant de viandes, on pourrait, selon les chercheurs de l’université d’Exeter****, réduire de 36% le nombre de proies tombées entre leurs griffes.

Protéger l’environnement en stimulant son chat

Une séquence de chasse complète chez les chats domestiques suit des étapes bien précises incluant la recherche d’une proie, la traque, la poursuite, la manipulation, la mise à mort et la consommation. En reproduisant ce schéma à la maison, à l’aide de jouets stimulants, les propriétaires pourraient ainsi réduire de 25% la prédation, toujours selon l’étude britannique. Et ce, simplement en leur consacrant plusieurs sessions de jeu par jour. « Proposez à votre chat au moins 3 séances de jeu quotidiennes  avec des jouets qui vont reproduire l’apparence et le comportement des proies. Il est aussi primordial d’aménager son environnement et de le stimuler au maximum. Vous pouvez par exemple empêcher l’accès aux nids d’oiseaux dans le jardin en barrant l’accès aux arbres» conseille Brunilde Ract-Madoux.

Comme quoi, il est plutôt facile de restreindre les dommages causés par les chats domestiques sur notre environnement, sans pour autant bouleverser son cadre de vie et restreindre sa liberté !

 

La maîtrise de l’éco-éthologie du chat : l’exemple du sanctuaire AVA 
AVA offre un véritable sanctuaire à une centaine de chats, dans sa ferme-refuge, en Normandie. La plupart d’entre eux nous ont été confiés en raison de comportements dits « gênants » qu’ils présentaient dans leur ancien foyer (agressivité, malpropreté, miaulements intempestifs…). Bien souvent, ces chats vivaient en appartement et n’avaient pas la possibilité de sortir, ce qui ne leur permettait pas d’exprimer leurs comportements naturels, dont la chasse fait partie. C’est généralement de cette incompatibilité entre les besoins éthologiques du chat et le cadre de vie qui lui est offert, que naissent les comportements « indésirables », dus à une situation de mal-être.

A AVA, tous les chats vivent en collectivité et en liberté, en extérieur. Ils ont la possibilité d’aller où ils le souhaitent (dans notre espace chatterie d’1 hectare, pensé pour eux avec des chalets chauffés et aménagés, de nombreux lieux de couchage, une végétation abondante…, ou bien ailleurs dans le refuge, que ce soit dans le bâtiment principal au contact des humains, ou même dans les allées desservant les enclos des chiens. Ils disposent de croquettes à volonté, mais aussi de nourriture humide qui leur est servie individuellement deux fois par jour. Les points de nourrissage sont répartis dans tout le domaine. Les chats sont libres de se mouvoir et de faire ce qu’ils veulent. C’est ainsi que les comportements « gênants » qu’ils présentaient autrefois s’atténuent ou disparaissent totalement.

A AVA, nous avons la chance de bénéficier d’une immense diversité d’espèces de faune et de flore. Des millions d’oiseaux survolent le domaine chaque jour, et il n’est pas rare de rencontrer de petits rongeurs, ainsi que de plus grands mammifères (renards, sangliers, cervidés…). Avec 100 chats en liberté, on pourrait imaginer un impact considérable sur la faune locale. Pourtant, il n’en est rien. Bien qu’ils soient totalement libres de chasser, les actions de prédation sont finalement assez rares, et nos soigneurs retrouvent très peu de proies victime de nos félins. Au contraire, nous observons au quotidien tant de scènes d’interaction entre des espèces différentes (par exemple, des chats et de petits rongeurs en train de manger ensemble dans la même gamelle) que nous sommes convaincus qu’à AVA, les animaux partagent leurs espaces en parfaite harmonie.

Comment cela est-il possible ? Tout simplement parce que nous réunissons les conditions nécessaires au bien-être de la plupart de nos chats. « Nous leur offrons un environnement favorable, riche en aménagements naturels et artificiels, scrupuleusement pensé par nos différents experts scientifiques pour répondre à l’éco-éthologie de cette espèce si diverse, si passionnante, et si plastique, mais aussi à chacun des individus qui la constituent. Par ailleurs, nous accordons une importance considérable à leur intelligence gustative. Nous reconnaissons en eux des individus probablement, cognitivement et sensoriellement parlant, bien plus capables que nous de devenir de grands gourmets. Nous attachons donc une grande importance à la diversité des aliments qui leur sont proposés, que ce soit ceux si généreusement fournis par nos partenaires petfooders (Mars, Purina, Royal Canin, Nood, Ziggy), où ceux dont nous profitons aussi grâce à la fabuleuse loi contre le gaspillage alimentaire. Elle nous permet de récolter dans les grandes surfaces environnantes des matières premières non transformées que nous mettons ensuite à la disposition des chats du refuge. La diversité alimentaire est l’une des sources principales de plaisir chez l’animal de compagnie qui a été stérilisé et donc privé d’une bonne partie de son répertoire comportemental», explique le Dr. Bedossa, président du refuge AVA – Agir pour la Vie Animale.