Pollution sonore : quel impact sur la faune sauvage marine ?

AVA, engagée pour la défense du vivant en général, et contre toutes les cruautés commises envers les animaux, tient à vous sensibiliser à cette cause, souvent inconnue ou méconnue du grand public. Notre Président, le Dr vétérinaire Thierry Bedossa, lui-même passionné par les mammifères marins, a d’ailleurs assisté le 13 septembre dernier au symposium virtuel SHUSH – Noise in the Ocean, organisé par le CNRS, l’université de la Sorbonne et Ocean Ambassadors. Cet événement a permis de mettre en lumière la problématique de la pollution sonore à travers la collaboration interdisciplinaire de plusieurs experts afin de proposer des solutions concrètes pour réduire notre impact sur les océans. 

Non palpable, invisible, inaudible et même inconnue du public : la pollution sonore présente dans les océans est pourtant bien réelle. Pire encore : elle est plus intense dans les mers que sur les terres, mettant alors en péril la faune marine ainsi que tous les écosystèmes qui y vivent.

Bien entendu, certains sons dans les océans sont indissociables de la vie marine : on y retrouve des sons naturels comme la houle, le ressac des vagues, mais aussi des sons nécessaires à la prospérité des espèces comme certaines formes de communication :l’écholocalisation chez les dauphins ou les vocalisations des baleines.

Lorsque l’on parle de sonorité dérangeante, il s’agit d’une pollution émanée par l’hommeentraînée par de la navigation de plaisance, des transports maritimes, des forages, des essais sismiques, de l’exploration pétrolière ou des sonars militaires utilisés à haute intensité. Ces niveaux sonores élevés présentent de grands dangers quant à la communication des animaux ainsi qu’à leur capacité à se nourrir et à se reproduire (autrement dit, elle impacte tous les aspects de la vie de l’animal).

Ces sons dissonants modifient ainsi le comportement des espèces marines et provoquent un stress non-mesurable : les baleines par exemple, passent le plus clair de leur temps à communiquer pour se parler, chercher des proies, s’avertir des menaces, s’orienter et même tout simplement pour s’amuser. Elles ont le pouvoir de communiquer sur de très longues distances. Malheureusement, à cause de la pollution sonore, ces distances sont extrêmement réduites et les mammifères marins doivent alors se mettre à hurler et peinent à se faire entendre de leurs congénères. En plus de couvrir les sons vitaux utilisés par ces animaux marins, la pollution sonore provoque du stress, de la surdité et diminue aussi les sources de nourriture : les petits poissons, à la base de la chaîne alimentaire, en sont également victimes. C’est le cas pour les phoques, les calamars, les poulpes, les tortues marines et tous les crustacés présents dans ces habitats. Les conséquences ne sont pas anodines puisque dans certains cas, à la longue, cela provoque des blessures et entraîne même la mort d’individus qui, désorientés, s’échouent. Ce sont des victimes des sons provoqués par les activités humaines.

Ces êtres vivants, exposés à une forte pression acoustique, ont eu malgré tout un petit peu de répit durant la crise du COVID-19 : en effet, alors que le trafic maritime était en fort déclin, ils ont pu avoir un peu de repos et ont retrouvé un océan beaucoup moins bruyant que d’habitude. Le bruit a été réduit de moitié dans certaines régions du monde et les baleines l’ont bien ressenti : elles ont pu retrouver le bonheur de communiquer sereinement sans être dérangées par les nuisances des bateaux de croisière, des cargos ou des porte-conteneurs. Cette crise a d’autant plus permis aux scientifiques de réaliser l’impact colossal que nous, humains, avons sur la faune marine. C’est aussi l’occasion pour nous de nous remettre en question et de réfléchir à la vie calme et sereine dont a bénéficié la vie sauvage durant cette période afin de reconstruire un modèle économique plus respectueux de l’environnement pour le futur.

Ce réel problème n’est pourtant absolument pas réglementé : à ce jour, aucune norme à l’échelle internationale n’existe afin de réguler la pollution sonore des océans. Alors que le transport maritime tend à doubler d’ici à 2025, en France, aucune mesure n’a été mise en place afin de réduire ces émissions sonores, pourtant reconnues comme une source de pollution depuis 2010. L’OMI (Organisation Maritime Internationale) donne des conseils pour la réduction du bruit aux concepteurs, mais ces simples recommandations ne sont pas nécessairement suivies.

Nous ne militons pas pour l’arrêt total du commerce international, de la navigation ou des activités humaines en général. Nous dénonçons l’absence de mise en œuvre de certaines mesures, qui pourtant s’avèrent viables, telles que la mise en place d’une loi qui inciterait les navires à réduire leur vitesse. Ce serait déjà un grand pas : en plus de minimiser le bruit émis, cela diminuerait également les risques de collisions avec des cétacés imposants tels que les baleines, mais cela baisserait également leurs émissions de gaz à effet de serre et leur permettrait de faire des économies de carburant. L’idéal serait d’élaborer des bateaux optimisés avec des hélices adaptées afin de réduire le bruit. Pour les navires bruyants déjà existants, il faudrait pouvoir les rénover afin de les optimiser, ce qui permettrait déjà une grande réduction du niveau sonore. D’autres solutions qui pourraient être instaurées par l’industrie maritime existent (investir dans des technologies visant à réduire le bruit, suivre les directives de l’Organisation Maritime Internationale, changer les itinéraires de navigation afin de ne pas heurter une zone où se trouveraient de nombreuses espèces…).

Nous pourrions aussi prendre l’exemple du Port de Vancouver qui a fait le choix d’instaurer des taxes portuaires : pour les navires les plus silencieux, leurs taxes sont revues à la baisse. Ces mesures poussent la population à se tourner vers des changements positifs.  

De nombreuses menaces pèsent sur les océans : la surpêche, l’acidification (diminution du pH), la pollution sonore. L’avantage avec cette dernière, c’est qu’il s’agit d’une pollution qui, si nous la stoppons, ne laissera aucune trace derrière elle.

En tant que consommateur, à notre échelle, que pouvons-nous faire ? Comme pour beaucoup d’autres sujets environnementaux, changer nos habitudes de consommation est primordial. Nous avons le devoir de devenir des consommateurs responsables en achetant des produits locaux et de saison. En favorisant le circuit-court, il y a peu de chances que les produits proviennent d’un bateau qui impacte les océans à cause du bruit qu’il émet, ce qui permet de ne pas encourager ces pratiques non-respectueuses de la biodiversité. En plus de dépenser son argent utilement et efficacement, acheter localement permet aussi de décider du monde de demain en favorisant des emplois, en valorisant les producteurs et en diminuant considérablement l’impact écologique des transports utilisés.

 

Sources : 

https://www.sfecologie.org/regard/r83-janv-2019-sissler-bienvenu-sonic-seas/ https://www.birds.cornell.edu/ccb/the-effects-of-an-unexpected-pause-for-marine-soundscapes-in-alaska/https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fmars.2021.656566/full