Abandons : stop aux discours culpabilisants !

A l’occasion de la Journée mondiale contre l’abandon, ce 26 juin, nous aimerions aborder et prendre le contrepied du sujet par excellence dont s’emparent les plus importantes associations de protection animale, chaque année, à la veille des vacances d’été : l’abandon.

Abandon et abandon : de quoi parle-t-on exactement ?

Dans l’imaginaire collectif, lorsqu’on parle d’abandon, on pense à ce pauvre chien abandonné sur le bord de l’autoroute, attaché à un arbre, tandis que sa famille poursuit son chemin en direction de son lieu de vacances. C’est sur cette image que se basent de nombreuses associations de protection animale lors de leurs campagnes estivales.

Il s’agit bel et bien d’une forme d’abandon. D’ailleurs, la SPA et APRR (l’un des plus grands groupes autoroutiers européens) ont créé un partenariat pour lutter ensemble contre ces abandons sauvages dont sont victimes certains animaux chaque année. Ces abandons sont répréhensibles : cet acte est passible de 2 ans de prison et de 30 000 euros (en théorie).

Néanmoins, ils ne représentent sans doute qu’une infime partie des animaux « abandonnés », dont le nombre, invérifiable à ce jour, est estimé à 100 000 par an, dont 60 000 l’été.

En réalité, quel que soit le nombre d’individus qu’il concerne, l’abandon peut prendre plusieurs formes, et toutes ne sont pas aussi condamnables que l’est l’abandon « sauvage » et lâche. Bien au contraire.

« La plupart des abandonnants que j’ai pu rencontrer sont bien souvent désolés de ne pas garder leur animal. C’était un vrai projet de vie pour eux. Les vagues d’abandons auxquelles nous sommes actuellement confrontés n’ont rien à voir avec les comportements indignes et égoïstes. Elles ont à voir avec la détresse personnelle des foyers. A AVA, nous sommes ces derniers jours extrêmement sollicités, et à chaque fois, je découvre énormément de détresse humaine : des décès, des licenciements, des familles qui éclatent, des foyers chassés de leur maison… », déclare le Dr vétérinaire Thierry Bedossa, Président d’AVA.

Le placement responsable n’est pas un abandon 

Ainsi, nous recevons actuellement de très nombreuses demandes de prise en charge dues à des situations personnelles compliquées. Nous ne jugeons jamais les personnes qui se retrouvent dans une impasse. « Ce n’est sûrement pas le rôle des associations de dénoncer des personnes qui abandonnent, qui sont dans la souffrance ou la détresse, insiste le Dr Bedossa. Oui, c’est vrai, nous sommes confrontés à un pic de foyers qui ne peuvent plus garder leurs animaux. Mais c’est le rôle des associations d’accueillir ces animaux, de les héberger du mieux possible et de leur trouver un nouveau foyer », poursuit notre Président.

De même, lorsqu’un propriétaire est suffisamment attentif pour se rendre compte que son animal n’est pas en situation de bien-être dans l’environnement qui lui est offert (ou imposé), « l’abandon » peut alors s’avérer une véritable opportunité. On ne parle plus, dans ce cas, d’ « abandon », mais de « placement responsable ».

C’est le cas, par exemple, de Piti, chatte de 18 ans, qui vient tout juste de nous être confiée suite au décès de sa propriétaire. Le fils de celle-ci, très bienveillant, a accueilli pendant quelque temps la vieille minette chez lui. Mais étant souvent en déplacement professionnel pendant plusieurs jours, et sensible aux besoins de cette chatte âgée, malade et vulnérable, il s’est mis en quête d’un lieu qui pourrait lui être bien plus profitable. Et alors qu’aucune association ne voulait recueillir une chatte si âgée, AVA s’est avérée la seule solution, et surtout, la meilleure alternative.

chatte Piti

Les 500 animaux actuellement hébergés dans notre ferme-refuge ont presque tous une histoire semblable à celle de Piti. Pour l’extrême majorité d’entre eux, ils n’ont pas été « abandonnés », mais placés de manière responsable, parce que leurs besoins n’étaient pas compatibles avec leur cadre de vie, ou bien parce que leurs propriétaires étaient en grande détresse. Nous voyons chaque semaine, au moment de ces placements, beaucoup plus de larmes de tristesse que de joie. « Ce n’est jamais un plaisir pour les abandonnants, c’est au contraire un crève-cœur », atteste le Dr Bedossa. Un déchirement qui se révèle toutefois un réel acte d’amour lorsqu’il est pensé dans l’intérêt de l’animal, dans le but de lui offrir un nouveau départ et la chance d’avoir une « vie bonne ».

La « maltraitance passive », un autre type d’abandon sous-estimé 

Pire que l’abandon en lui-même, la « maltraitance passive » est une forme silencieuse d’abandon, bien plus sournoise et destructrice. Laisser un animal dans un état de mal-être, voire de souffrance, en lui imposant pendant des années une vie qui ne lui correspond pas, c’est aussi un abandon. Le placer de manière responsable dans un autre foyer, par l’intermédiaire (ou non) d’une association de protection animale, peut être dans ce cas une libération.

Notre volonté n’est pas de banaliser l’abandon ou de minimiser ses conséquences. Notre propos consiste surtout à nous revendiquer comme une association bienveillante aussi bien à l’égard des animaux que des humains. « Nous n’opposons pas les deux espèces, on peut aider les animaux tout en considérant et en aimant les humains », conclut le Dr Bedossa.