Vendredi dernier, l’Agence Régionale de Santé a annoncé l’hospitalisation d’un homme suite à une contamination par le virus influenza (grippe) d’origine porcine qui a eu lieu au sein même d’un élevage de porcs en Bretagne. Ce virus ne se transmet pas par l’alimentation mais par exposition directe ou indirecte avec un porc infecté : si celui-ci tousse ou éternue, il propagera des gouttelettes dans l’air que l’humain, par la suite, inhalera. Au cours de ces dernières années, d’autres cas d’infection humaine par des virus d’origine porcine ont été détectés dans le monde notamment sur le continent Américain (Etats-Unis, Canada), en Europe (Allemagne, Danemark) ainsi qu’en Asie (Taïwan) et en Australie.

Le virus de la grippe de l’Homme ainsi que celle du porc sont tellement similaires que les deux se transmettent aussi bien de l’homme à l’animal que de l’animal à l’homme. En 2001, l’OSAV (Office fédéral de la Sécurité Alimentaire et des Affaires Vétérinaires) suisse a lancé le projet « Surveillance de l’influenza porcine chez le porc et chez l’homme » en collaboration avec l’OFSP (l’Office fédéral de la santé publique), l’Institut de virologie de la Faculté Vetsuisse de l’Université de Zurich et le SSP (Service Sanitaire Porcin) de la SUISAG (centre de prestations et de compétence central de la branche porcine suisse) afin de collecter les données nécessaires et d’en tirer des analyses.

Malgré le fait que la naissance de la crise du COVID-19 ne soit pas encore certifiée d’origine animale, elle met en lumière le fait que nous devons traiter les animaux d’une manière différente. Dans plusieurs régions du monde, des marchés proposent à l’achat des animaux abattus directement sur place dans des conditions qui laissent à désirer et surtout au contact direct d’autres espèces avec lesquelles ils n’auraient pas l’habitude d’interagir, dont des humains. Mais ces marchés ne sont pas le seul lit de transmission des zoonoses (maladies qui se transmettent des animaux aux hommes).

Bien que l’état de cet homme soit désormais favorable, ce type d’infection soulève un réel problème des conditions des élevages. Rappelons qu’en 2009, des virus de grippe porcine étaient à l’origine d’une épidémie de grippe A (H1N1) et cela avait nécessité une campagne de vaccination massive. Les grandes pandémies sont d’ailleurs apparues avec l’émergence de l’agriculture (il y a plus de 10 000 ans). Selon les recherches de l’Américain Jared Diamond, elles sont toutes d’origine animale et si elles ont été transférées à l’Homme, c’est notamment dû à la promiscuité entre fermiers et animaux. Aux Etats-Unis et au Mexique par exemple, les usines de production sont appelées des « CAFO » : confined animal feeding operations. C’est ici que des millions de cochons sont parqués, entassés et engraissés et surtout totalement confinés. Les truies sont enfermées et contraintes de mettre bas toute leur vie.

Malheureusement, les conditions sont les mêmes en Europe dans les élevages industriels et notamment ceux des porcs et des volailles, et ce cas d’infection Français le prouve. Les maladies se propagent rapidement et facilement dans les élevages où le nombre d’animaux est élevé et où les conditions favorisent leur propagation (humidité, promiscuité…). Le stress est aussi facteur d’amoindrissement du système immunitaire des animaux, alors plus faibles pour lutter contre les virus. Cela donne l’opportunité idéale aux virus de muter pour laisser place à des souches beaucoup plus virulentes.

Penser que ces modes de production changeraient avec l’apparition du COVID-19 était sans doute peut-être utopique. Pourtant, il est désormais clair que la promiscuité des animaux dans les élevages intensifs permet aux virus de se propager très rapidement. Les décisions extrêmes du Danemark reflètent bien cette problématique : alors que des scientifiques ont prouvé que le vison pouvait être infecté par le COVID-19 et ainsi le transmettre aux humains, le gouvernement a ordonné l’abattage de 15 à 17 millions d’animaux. L’exécutif a d’ailleurs avoué plus tard qu’il a agi sans base légale d’autant que ces mustélidés n’étaient pas forcément infectés.

Autre facteur impactant la santé humaine : afin de nourrir ces milliards d’animaux, des arbres de forêts sont coupés massivement afin d’y planter du maïs ou du soja, qui serviront ensuite pour leur alimentation. L’habitat de la faune sauvage est alors considérablement réduit et augmente ainsi les probabilités de contact entre les humains et les animaux sauvages, favorisant alors l’émergence de maladies infectieuses.

Nos méthodes d’élevage, de production et de consommation sont à revoir : notre système agricole n’est pas durable sur du long-terme. Mettre fin à l’élevage industriel pour laisser place à une agriculture saine, respectueuse de la biodiversité, de la faune sauvage et garantissant le bien-être de l’animal est urgent. Nous ne pouvons plus laisser ces élevages intensifs menacer notre santé et celle des animaux. En tant que consommateurs, c’est à nous de nous diriger vers des produits issus d’élevages locaux favorisant le circuit-court et respectueux du bien-être de l’animal et de notre environnement.