Un cheval champion du monde euthanasié après une blessure

Le cheval Allstar B, qui avait été sacré champion du monde de concours complet en 2018, est mort euthanasié après avoir participé le week-end dernier au CCIO 4* d’Aix-la-Chapelle. Lors de l’épreuve de cross, Allstar B a effectué un refus sur la sortie de la combinaison n°16. Lors de cet incident, le cheval s’est cogné. Examiné à la clinique vétérinaire d’Aix-la-Chapelle, il a finalement été euthanasié. Il avait 17 ans.

Une fois de plus, ce drame, décrit dans les médias spécialisés comme un simple « incident », est le reflet d’une problématique de bien-être animal récurrente : lorsqu’un cheval de course ou de sport se blesse, il est généralement euthanasié. Cela a été le cas, par exemple, l’an dernier, lors des Jeux Olympiques de Tokyo lors desquels le cheval Jet Set avait dû être, lui aussi, euthanasié.

Pourquoi mettre à mort un individu encore jeune (un cheval peut vivre une trentaine d’années) ? Plusieurs éléments entrent en jeu : la santé de l’animal, bien sûr, et les contraintes que représente le fait de devoir l’immobiliser pendant une longue période pour sa convalescence ; son état de souffrance éventuel, psychique et physique ; sa faculté à s’adapter à une nouvelle vie où il serait, peut-être, handicapé. Mais des paramètres économiques sont aussi à considérer : les frais vétérinaires parfois très lourds, la pension d’un cheval qui ne pourra plus concourir et ne rapportera donc plus rien, et la lourde question de sa rentabilité qui en découle…

Quelle que soit la raison, justifiée ou non, de mettre à mort un cheval, il faut prendre le problème à la source : est-il vraiment éthique d’exploiter un animal durant des années, de le faire concourir pour la gloire et le profit de l’être humain, puis de mettre fin à sa vie dès lors qu’il se blesse ou qu’il n’est plus rentable ? Qu’y a-t-il de plus cruel que d’exploiter un animal qu’on dit aimer pour finalement le tuer si facilement ?

Les chevaux sont les victimes de notre cynisme. Lorsque nous avons rencontré des représentants de l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation) il y a quelques mois, ces derniers nous ont parlé de « coopération » entre l’Homme et le chevalQuelle hypocrisie de croire que le cheval coopère lorsqu’il est contraint par un mors entre ses dents, des coups de cravache et de pieds dans les flancs… Le cheval ne coopère pas ; il n’a pas le choix.

Si les chevaux ne concouraient pas, ils n’auraient pas à mettre leur vie en danger. Ils ne se blesseraient pas à cause d’un obstacle qu’ils n’auraient jamais franchi à l’état naturel. Ils ne mourraient pas pour des raisons aussi stupides que ne l’est le loisir de l’Homme. Les chevaux de course et de sport meurent parce qu’on les exploite. Les chevaux de course et de sport meurent parce que c’est nous qui les tuons à petit feu, en leur faisant courir des dangers inutiles, pour notre simple plaisir.

L’an dernier, lorsque nous avons diffusé notre pétition pour mettre fin à toutes les épreuves avec chevaux lors des Jeux Olympiques, nous avons reçu une multitude de messages incendiaires de cavaliers indignés par notre position. Tous brandissaient un seul et même argument : « Vous ne comprenez rien à la relation Homme-Cheval, vous ne comprenez rien à l’amour qu’il y a entre les chevaux et les professionnels ! »

Ah. L’amour a bon dos quand il s’agit d’exploiter et de tuer. Continuons donc à bien nous amuser avec nos chevaux-outils, au nom de l’amour, puisque vraisemblablement, cela ne choque personne de tuer un cheval qui s’est blessé lors d’un concours pour humains. Aucune importance, puisque la Sainte Relation Homme-Cheval est tellement « magique » qu’elle excuse tout, même la mort !

Si un humain aime vraiment son cheval, comme n’importe quel autre animal, alors sa preuve d’amour consiste à lui offrir une vie bonne jusqu’à la fin de sa vie : contacts sociaux avec des congénères, moments de liberté, le moins d’enfermement et d’isolement possible, soins vétérinaires, pension pour sa retraite… Tout cela doit être anticipé avant même l’acquisition du cheval, et la relation qu’on entretient avec lui doit être nourrie à la lumière des dernières connaissances scientifiques en matière d’éthologie. Aimer son cheval, c’est avant tout le respecter en tant qu’individu.

 

Elisa Gorins

Responsable de la communication