La vérité sur les élevages intensifs de saumon

Le saumon était autrefois un produit de luxe consommé uniquement pendant les périodes de fêtes : on le retrouvait surtout sur la table à Noël, lors des dîners de famille. Désormais, il s’est démocratisé et les Français en consomment très régulièrement. En supermarché, nous trouvons des barquettes proposant du saumon d’élevage frais, venu tout droit d’Écosse ou de Norvège coloré d’un rose éclatant. Désormais, il est à la portée de tous car il est possible de trouver des produits à quelques euros seulement. Mais vous êtes-vous déjà posé la question d’où provenait ce saumon ?

Le bien-être dans les fermes de saumon : voilà deux termes bien contradictoires qui, pour l’instant, ne trouvent pas leur place dans une seule et même phrase. Malformations, maladies, saumons qui n’ont plus leurs yeux, morceaux de peaux et de chairs qui sont mangés par les poux de mer, morceaux de plastique, excréments, tâches d’essence… Les images tournées dans des fermes d’élevage de saumon en Écosse par des plongeurs enquêteurs sont choquantes. Et pourtant, ce sont bien ces mêmes saumons qui se retrouvent dans nos assiettes. Le phénomène des poux de mer est entraîné à cause de la forte concentration d’individus dans une seule et même cage flottante (50 000 à 100 000 poissons dans une cage). Ce sont de ces élevages que viennent 24 à 56 millions de saumons avec le fameux Label Rouge qui sont ensuite exportés dans plus de cinquante pays différents. La France est d’ailleurs le plus gros client Européen de l’Ecosse.

Pour se débarrasser de la présence grandissante des poux de mer, les éleveurs utilisent plusieurs techniques aussi abominables les unes que les autres : en enlevant les poux de mer grâce à de l’eau à très haute pression, en plaçant les saumons dans des cuves d’eau à très haute température ou encore en les traitant au peroxyde d’hydrogène (composé chimique qui sert de désinfectant, très irritant pour la peau et les muqueuses). Bien sûr, les saumons souffrent de ces méthodes et cela provoque un véritable stress. Il n’est pas rare d’en voir mourir après les traitements. En parallèle, le gouvernement Écossais encourage un projet de production, à savoir une hausse de production du saumon allant de 203 000 tonnes produites aujourd’hui à 400 000 tonnes d’ici 2030. Est-il bien raisonnable de vouloir augmenter la production alors que les conditions d’élevage sont plus que lamentables ?

De plus, le saumon est un animal connu pour ses parcours migratoires périlleux. Le saumon rouge, par exemple, est capable d’effectuer 6000 km dans l’océan Pacifique afin de rejoindre son lieu d’éclosion pour s’y reproduire à son tour. En plus d’avoir d’excellentes capacités en orientation et d’être un véritable GPS naturel, c’est un individu qui a besoin de parcourir des milliers de kilomètres à l’état sauvage. Malheureusement, cela est impossible dans une ferme d’élevage où les espaces sont clos et où sont entassés les individus.

Dans ces fermes d’élevages, les saumons sont nourris grâce à de la farine de poisson. Cette farine est réalisée à base de sardinelle, poisson qui se trouve au Sénégal et que les saumons ne rencontrent jamais dans l’océan au cours de leur vie dans la nature. Les bâteaux de pêche industrielle viennent alors piller les ressources des Sénégalais en pêchant la presque totalité des sardinelles. Les petits pêcheurs se retrouvent démunis, ne trouvant plus de sardinelles à pêcher.

L’ONG CIWF a publié un rapport d’enquête dans lequel elle demande impérativement un moratoire sur les élevages de saumon en Écosse. Ces élevages intensifs nécessitent énormément d’énergie, d’eau, de quantité de farines de poisson… Il est urgent d’agir en changeant les modes d’élevage et en sauvant les saumons de nos rivières.

Derrière les beaux packagings que l’on trouve sur nos étales se cachent en fait du saumon ayant des résidus de métaux lourds, de pesticides, des colorants de synthèse (dits “indispensables” car un saumon gris, couleur tout à fait naturelle, ne se vend presque pas) et parfois même de médicaments (des antibiotiques utilisés pour contrer les maladies qui se propagent). Autrefois produit de luxe, le saumon est devenu le principal poisson consommé par les ménages français, derrière lequel se cache en fait une véritable souffrance animale.

Une solution a été envisagée pour contrer ces fermes d’élevages : proposer aux saumons, à la base carnivores, un régime à base de farines végétales et d’insectes. Cela peut paraître surprenant, mais les nourrir avec des protéines végétales et d’insectes n’est pas dénué de sens car lors de leurs premiers mois de vie, les saumons se nourrissent à 90% d’algues et d’insectes. Cela protégerait le milieu marin et éviterait d’avoir recours à la surpêche. Des expériences ont été réalisées sur des truites par des scientifiques depuis dix ans maintenant, et le résultat est très prometteur.

De même, faire en sorte que les barrages hydroélectriques ne viennent pas perturber les chemins migratoires des saumons serait une grande avancée : ce serait donner une chance aux saumons de revenir dans leur lieu de naissance afin de s’y reproduire et ainsi de perpétuer l’espèce. Pour cela, il faudrait aussi que l’eau de nos rivières soit moins polluée.

Source : Documentaire “Sur le Front : la vérité sur le saumon” Hugo Clément

https://www.francetelevisions.fr/et-vous/notre-tele/a-ne-pas-manquer/sur-le-front-la-verite-sur-le-saumon-8765