Villes dog-friendly : opération séduction ou véritable engagement ?  

Ces dernières années, de plus en plus de villes essaient d’adopter une politique « dog-friendly », c’est-à-dire accueillante pour les chiens et leurs propriétaires. On le voit d’ailleurs dans le désormais célèbre classement des villes où il fait bon vivre avec son chien, qui paraît chaque année dans le Magazine 30 Millions d’Amis : figurer sur le podium des villes les plus accueillantes pour les chiens est devenu un trophée très convoîté ! Katia Renard, rédactrice en chef du Magazine, ne cache pas qu’aujourd’hui, « les villes se battent pour la première place », alors que ce palmarès n’intéressait quasiment pas de municipalités lorsqu’il est né. Et si aucun « prix » n’est remis à la ville n°1, sa plus belle récompense est sans doute la publicité que cela lui fait : être désignée comme « ville la plus dog-friendly », c’est l’assurance de faire la une de nombreux médias, d’attirer de nouveaux habitants… et des électeurs !

Parallèlement, de plus en plus de communes organisent des événements annuels dog-friendly, comme Boulogne-Billancourt (précurseur dans ce domaine avec sa fête de l’Animal en Ville, organisée depuis 10 ans), Suresnes, Puteaux, ou encore certains arrondissements de Paris. De plus en plus de maires ont également désormais un Adjoint chargé à la condition animale, comme la maire de Paris, Anne Hidalgo, dont l’adjoint, Christophe Najdowski, reçoit les doléances des associations de protection animale (dont AVA, sous le collectif des Amis des Chats) régulièrement. Notre association est de plus en plus souvent sollicitée lors de réunions visant à améliorer la condition des chiens en ville. Ce qui, a priori, est plutôt bon signe !

De la poudre aux yeux ? 

Mais si l’on constate un mouvement de sympathie envers les animaux de la part de certaines municipalités (démarche qu’on ne peut que saluer !), reste à savoir s’il ne s’agit que de « coups de com » ou de réels engagements. Et c’est là qu’on est beaucoup moins optimiste…

Par exemple, chaque année, le nombre de plages interdites aux chiens ne cesse de s’accroître. Cela va donc à l’opposé des tentatives de séduction des villes du Sud, supposées être les plus accueillantes pour les chiens…

Autre exemple : vendredi 24 septembre, notre Président, le Dr vétérinaire Thierry Bedossa, était invité à une table-ronde sur « l’Animal en ville » par la mairie de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), aux côtés de Katia Renard et de Jacques-Charles Fombonne, Président de la SPA. Notre Président devait y aborder des questions relatives à l’amélioration de la qualité de vie des chiens citadins, mais aussi au traitement réservé à la petite faune locale. Sauf que… l’accès à l’Espace Landowski, où avait lieu l’événement, lui a été refusé. Pourquoi ? Parce qu’il était accompagné de deux de ses chiens, un Malinois et un croisé Labrador, parfaitement entraînés à le suivre dans tous ses déplacements et dans toutes les circonstances, sans laisse ni muselière. L’Espace Landowski était en fait interdit aux chiens. Bien ironique, pour un événement dédié à l’Animal en ville. Comment parler de la place de l’animal en ville dans un lieu où le chien lui-même n’a pas sa place… ? La gêne dans l’assistance et parmi les organisateurs était palpable. Cet événement aurait dû se tenir ailleurs, tout simplement, pour être cohérent.

Il aura finalement fallu l’autorisation expresse du Maire en personne, se confondant en excuses, pour que le « problème » soit résolu. Mais il était trop tard ; notre Président – et ses chiens – étaient repartis.

C’est finalement notre responsable de la communication, Elisa Gorins, elle-même accompagnée d’un chiot Spitz nain (qui était quant à lui toléré !) qui a représenté AVA à cet événement animé par le Dr vétérinaire Yves Lahiani.

« Après cette péripétie, j’étais affreusement frustrée et énervée, pour moi nous n’avions rien à faire dans un lieu interdit aux chiens, pour parler de la place des chiens, cela n’avait aucun sens, c’était vraiment de l’hypocrisie ! Mais je l’ai fait malgré tout, pour défendre la place des animaux devant le public qui était présent, et partager des connaissances dans l’espoir que les membres de ce public soient les ambassadeurs de nos messages auprès de leurs propres réseaux. Ce n’est que comme ça que les choses pourront évoluer », témoigne Elisa Gorins.

Un entre-soi peu efficace 

« Le changement ne viendra pas des politiques, mais des citoyens et des entreprises », affirme en effet Thierry Bedossa. Participer à ces événements est donc un levier d’action pour sensibiliser, informer, partager… non pas pour répondre à une invitation de politiques dont on peut douter de la sincérité, mais bien pour porter des messages auprès des citoyens.

Le problème à résoudre – et c’est là le véritable enjeu pour une municipalité – est de lutter contre cet entre-soi dans lequel on tombe si facilement. Ce soir-là, à l’Espace Landowski de Boulogne-Billancourt, le public, peu nombreux, était composé à 100% de propriétaires d’animaux, déjà tous convaincus par les discours tenus. L’intérêt d’un tel événement serait au contraire d’attirer un public non-connaissant, non familier des animaux, qui aurait tout à découvrir : c’est auprès de ce public qu’il faut agir pour faire évoluer les consciences et donc, la condition des animaux, quels qu’ils soient.

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