Parcs zoologiques : zoom sur les scandaleuses euthanasies d’animaux sauvages

Euthanasier les gorilles en surnombre ou les réintroduire dans la nature ? L’EAZA, Association Européenne des Zoos et des Aquariums serait sur le point de proposer une solution drastique à une problématique à laquelle font face les zoos européens : le surnombre de gorilles mâles. Il s’agit du gorille des plaines occidentales, espèce qui à l’état sauvage est en danger d’extinction. L’espèce, qui est la plus petite des quatre sous-espèces de gorilles, a vu sa population diminuer de 60% ces vingt-cinq dernières années.

Les zoos européens ont déjà mis en place des mesures, notamment la contraception chez les femelles et la castration chez les mâles. Malheureusement, ces solutions ne sont pas durables sur le long-terme car cela crée un déséquilibre au sein du groupe. Dans la nature, ces grands primates vivent en harmonie lorsqu’il y a un mâle dominant, plusieurs femelles et leurs enfants des deux sexes. Schéma qui est difficile à reproduire en captivité. Étant donné la structure sociale de l’espèce, les mâles seront donc toujours en surplus.

Des experts de l’EAZA se sont réunis afin de discuter de ce problème. C’est le journal The Guardian qui a révélé un document établi suite à leur réunion, proposant un plan d’action et notamment une liste de toutes les solutions envisagées. Dans ce document qui a pour but d’être transmis aux zoos membres de l’association, on retrouve notamment la castration, l’isolement des mâles célibataires une grande partie de leur vie ainsi que l’abattage d’individus. Cette dernière mesure ressortirait comme étant “la plus appropriée” bien qu’elle serait une décision jugée impopulaire auprès du grand public. Cette option de l’abattage aurait quelques inconvénients tout de même puisqu’elle serait susceptible d’engendrer une “discussion émotionnelle” : l’association redoute une réaction émotionnelle du public, étant donné qu’il est très facile d’éprouver de l’empathie face à des animaux comme les gorilles. Autrement dit, l’EAZA craint un bad buzz si elle procède à l’euthanasie des gorilles. C’est ce qu’il s’était passé en 2014 au zoo de Copenhague (Danemark), où le girafon de 2 ans Marius avait été euthanasié injustement (ses gênes étaient « sur-représentés dans la population captive », donc Marius n’avait plus d’intérêt sur le plan génétique et économique), suscitant de vives réactions dans toute l’Europe.

Malgré le fait que l’EAZA tente de rassurer les défenseurs des animaux en expliquant que l’euthanasie serait envisagée seulement en “dernier recours”, le réensauvagement est toutefois peu probable d’être retenu étant donné la difficulté à les réintroduire. D’une part parce que l’habitat du gorille à l’état sauvage s’est considérablement réduit, mais aussi parce que la plupart des plaines où peuvent être remis en liberté les singes sont déjà en pleine capacité de charge (c’est à dire que l’habitat ne peut accueillir plus de gorilles qu’il n’y en a déjà). On se souvient d’ailleurs de l’échec de l’association Rewild, dont l’objectif était de réintroduire des animaux de parc zoologique dans leur état naturel, en vain. La castration des mâles ainsi que l’isolement seraient donc les seules méthodes utilisées à l’heure actuelle.

Nous assistons ainsi à un échec total des parcs animaliers, où les êtres vivants sont traités comme de vulgaires objets que l’on a en trop. Selon le Docteur Ben Garrod, primatologue et professeur de biologie, “Nous n’avons pas le droit de les traiter comme des animaux de surplus. Élever des animaux de cette manière sans résultat durable et éthique est pour le moins imprudent et doit être abordé.” Les gorilles sont des êtres sensibles, intelligents et sentients. Ce ne sont pas des “bêtes de foire”, des objets de consommation et de loisir que l’on peut mettre à mort comme bon nous semble, a fortiori lorsqu’ils appartiennent à une espèce menacée d’extinction.

“Alors que les associations de protection animale se réjouissent de la nouvelle “loi contre la maltraitance animale”, qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat, nous voulons porter un regard critique sur celle-ci : pourquoi interdire les cirques avec animaux sauvages et les delphinariums, sans aborder la question des parcs zoologiques ? Dans les parcs zoologiques, les animaux sont confinés à vie, s’ennuient, ne peuvent pas suffisamment exprimer leurs comportements naturels, peuvent souffrir d’un mal-être, et surtout, être mis à mort de façon totalement arbitraire. C’est un véritable scandale, et personne n’ose en parler !”, dénonce le Dr vétérinaire Thierry Bedossa, Président d’Agir pour la Vie Animale.

Source : https://www.geo.fr/environnement/les-zoos-europeens-envisagent-deuthanasier-des-gorilles-males-pour-eviter-la-surpopulation-207256

https://www.theguardian.com/world/2021/nov/26/campaigners-criticise-european-zoo-plans-to-cull-adult-male-gorillas